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31.01.2007
Citations 19-490;500-Tolstoï, Chédid (Andrée), Rabelais
Beaucoup de Tolstoï. encore, un peu de Chédid et surtout la joyeuseté de Rabelais pour conclure cette première livraison de "Résonances"(cf "A propos"). Triez...
A très bientôt pour la suite
490 - En captivité, dans le baraquement, Pierre avait découvert -et cela non pas avec son intelligence mais avec tout son être vivant- que l'homme est créé pour le bonheur, que le bonheur est en lui, qu'il consiste dans la satisfaction des besoins naturels de l'homme et que tout le malheur vient non de l'insuffisance mais de l'excès; mais à présent, au cours de ces trois semaines de marche, il avait encore appris une nouvelle et consolante vérité: il avait appris qu'il n'y a au monde rien d'effrayant. Il avait appris que, tout comme il n'existe pas au monde de situation dans laquelle l'homme soit heureux et entièrement libre, il n'existe pas non plus de situation dans laquelle il soit totalement malheureux et privé de liberté. Il avait appris qu'il existe une limite aux souffrances et une limite à la liberté et que cette limite est très proche; que l'homme qui souffrait parce que dans son lit de roses un pétale s'était replié, souffrait comme lui-même souffrait à présent quand il s'endormait sur la terre nue et humide en se réchauffant d'un côté, et en se refroidissant de l'autre; que lorsqu'il mettait autrefois ses étroits escarpins de bal, il souffrait comme il souffrait pieds nus (ses chaussures étaient depuis longtemps tombées en lambeaux), et que ses pieds étaient couverts d'escarres. Il reconnut que lorsqu'il avait, librement croyait-il, épousé sa femme, il n'était pas plus libre qu'à présent qu'on l'enfermait pour la nuit dans une écurie.
Léon TOLSTOÏ (La guerre et la paix)
Mots clefs : bonheur, liberté, relativité
491 - La folie de Pierre consistait en ceci que pour aimer les hommes il n'attendait pas, comme auparavant, de trouver des raisons personnelles, ce qu'il appelait les mérites des gens; mais l'amour remplissait son coeur et, aimant les hommes sans raison, il découvrait les raisons évidentes qui les rendaient dignes d'être aimés.
Léon TOLSTOÏ (La guerre et la paix)
Mots clefs : amour des gens, mérite
492 - Si l'on admet que la vie humaine peut être gouvernée par la raison, alors il n'y a même plus possibilité de vie.
Léon TOLSTOÏ (La guerre et la paix))
Mots clefs : raison, vie
493 - De même que le soleil, comme chaque atome de l'éther, est une sphère parfaite en soi et cependant n'est qu'un atome dans un tout inaccessible à l'homme en son immensité, ainsi chaque être humain porte en soi ses propres buts et cependant les porte au service de buts généraux inaccessibles à l'homme.
Une abeille sur une fleur a piqué un enfant. Et l'enfant a peur des abeilles et dit que leur but est de piquer les gens. Le poète admire les abeilles qui plongent dans le calice des fleurs et dit que le but de l'abeille est de s'imprégner du parfum des fleurs. L'apiculteur, ayant remarqué que l'abeille recueille le pollen des fleurs et le rapporte à la ruche, dit que le but de l'abeille est de recueillir du miel. Un autre apiculteur, ayant étudié de plus près la vie de l'essaim, dit que l'abeille recueille le pollen et le suc pour nourrir les jeunes abeilles et élever une reine, que son but est la conservation de l'espèce. Le botaniste remarque que, passant chargée du pollen d'une fleur dioïque au pistil d'une autre fleur, l'abeille féconde celle-ci, et le botaniste voit là le but des abeilles. Un autre, observant la propagation des plantes, constate que l'abeille contribue à cette propagation, et ce nouvel observateur peut dire que c'est là le but des abeilles. Mais le but final des abeilles ne se ramène ni au premier, ni au second, ni au troisième des buts partiels que l'intelligence humaine est capable de découvrir. Plus l'esprit de l'homme avance dans la découverte de ces buts partiels, plus inaccessible leur paraît le but final.
Seule est accessible à l'homme l'observation des relations entre la vie de l'abeille et les autres phénomènes de la vie. Il en est de même des buts des personnages historiques et des peuples.
Léon TOLSTOÏ (La guerre et la paix)
Mots clefs : but de la vie, finalité
494 - Ayant appris par expérience et raisonnement qu'une pierre tombe vers le bas, l'homme n'a plus aucun doute et attend chaque fois que la loi qu'il a reconnue s'accomplisse.
Mais ayant reconnu avec la même certitude que sa volonté est soumise à des lois, il n'y croit pas et ne peut y croire.
Quel que soit le nombre de fois où l'expérience et le raisonnement ont montré à l'homme que dans les mêmes circonstances, et son caractère n'ayant pas changé, il ferait toujours ce qu'il a fait, quand pour la millième fois il aborde dans les mêmes circonstances et avec le même caractère une action qui se terminera toujours de la même façon, il se sent toujours quasi certain, comme avant toute expérience, de pouvoir agir comme il veut.
Léon TOLSTOÏ (La guerre et la paix)
Mots clefs : déterminisme, liberté
495 - Se représenter un homme privé de liberté est impossible, à moins de se le représenter privé de vie.
Léon TOLSTOÏ (La guerre et la paix)
Mot clef : liberté
496 - Dans la science expérimentale, ce qui est connu est dénommé lois de la nécessité, ce qui est inconnu est dit force vitale. La force vitale n'est que le nom du résidu inconnu de ce que nous savons de l'essence de la vie.
Il en est de même en histoire: ce qui nous est connu est dénommé lois de la nécessité, ce qui nous est inconnu, liberté. Pour l'histoire, la liberté n'est que le nom du résidu inconnu de ce que nous savons des lois de la vie des hommes.
Léon TOLSTOÏ (La guerre et la paix)
Mots clefs : histoire, liberté, science
497 - La parole et l'écrit sont plus solides qu'une stèle [...]. Un nom dans la bouche des hommes édifie dans le coeur la plus solide des pyramides.
Andrée CHEDID (Nefertiti et le rêve d'Akhenaton)
Mots clefs : écrit, parole
498 - Laisse entrer la bonne parole, disait mon père. Quant à l'autre: qu'elle demeure dehors; ou bien noie-la dans l'obscurité de ta chair. Mais , surtout, Boukastos, mon fils demeure silencieux. Ton silence fera échec à tes ennemis.
Andrée CHEDID (Nefertiti et le rêve d'Akhenaton)
Mots clefs : parole, silence
499 - Si tu étais ici, que de questions je t'aurais posées, mon père! Que vaut de déposer les armes face à l'hostilité? L'art, la philosophie, l'amour, sont-ils une force ou de simples refuges? Qui a raison, du poète ou du guerrier? Du pacifique ou du conquérant? Où est le courage dans le glaive ou le refus du glaive? Faut-il chanter les victimes ou célébrer les vainqueurs? Notre vrai langage ne doit-il pas être partout le même, que l'on soit Egyptien, Babylonien, Nubien, que sais-je encore!
Aménô, as-tu les réponses? Existe-t-il des réponses?
Andrée CHEDID (Nefertiti et le rêve d'Akhenaton)
Mots clefs : doute, guerre, paix
500 - Les joyeux guérissent toujours.
François RABELAIS
Mots clefs : joie, guérison, santé
FIN DU TOME PREMIER
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