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02.08.2007

Citations-821à830-Montaigne

Encore MONTAIGNE ? Mais tout Montaigne ne serait-il pas à citer ?

821 – C’est ce qu’on dit, que le sage vit tant qu’il doit, non pas tant qu’il peut ; et que le present que nature nous ait fait le plus favorable, et qui nous oste tout moyen de nous pleindre de nostre condition, c’est de nous avoir laissé la clef des champs. Elle n’a ordonné qu’une entrée à la vie, et cent mille yssues. Nous pouvons avoir faute de terre pour y vivre, mais de terre pour y mourir, nous n’en pouvons avoir faute, comme respondit Boiocatus aux Romains. Pourquoi te plains tu de ce monde ? il ne te tiens pas : si tu vis en peine, ta lâcheté en est cause ; à mourir il ne reste que le vouloir [...]. Et ce n’est pas la recepte à une seule maladie : la mort est la recepte à tous maux.
MONTAIGNE (Essais – II – 3)
Mots clefs : euthanasie, mort, suicide

822 – Les Cantarides ont en elles quelque partie qui est contre leur poison de contrepoison, par une contrarieté de nature. Aussi, à mesme qu’on prend le plaisir au vice, il s’engendre un desplaisir contraire en la conscience, qui nous tourmente de plusieurs imaginations penibles, veillans et dormans.
MONTAIGNE (Essais – II - 5)
Mots clefs : conscience, remords, vice

823 – Mais à mourir, qui est la plus grande besoigne que nous ayons à faire, l’exercitation ne nous y peut ayder. On se peut, par usage et par expérience, fortifier contre les douleurs, la honte, l’indigence et tels autres accidents ; mais, quant à la mort, nous ne la pouvons essayer qu’une fois ; nous y sommes tous apprentifs quand nous y venons.
MONTAIGNE (Essais – II - 6)
Mot clef : mort

824 – Si quelcun s’enyvre de sa science, regardant souz soy : qu’il tourne les yeux au-dessus vers les siecles passez, il baissera les cornes, y trouvant tant de milliers d’esprits qui le foulent aux pieds.
MONTAIGNE (Essais – II - 5)
Mots clefs : humilité, science, vanité

825 – S’il y a quelque loy vraiment naturelle, c’est à dire quelque instinct qui se voye universellement et perpetuellement empreinct aux bestes et en nous (ce qui n’est pas sans controverse), je puis dire, à mon advis, qu’après le soing que chasque animal a de sa conservation et de fuir ce qui nuit, l’affection que l’engendrant porte à son engeance tient le second lieu en ce rang. Et, parce que nature semble nous l’avoir recommandée, regardant à estendre et faire aller les pieces successives de cette sienne machine, ce n’est pas merveille si, à reculons, des enfants aux peres, elle n’est pas si grande.
MONTAIGNE (Essais – II - 8)
Mots clefs : amour filial, amour parental, enfants, instinct, parents

826 – Un pere est bien miserable, qui ne tient l’affection de ses enfants que par le besoin qu’ils ont de son secours, si cela se doit nommer affection. Il faut se rendre respectable par sa vertu et par sa suffisance, et aymable par sa bonté et douceur de ses moeurs.
MONTAIGNE (Essais – II - 8)
Mots clefs : affection, amour filial, bonté, vertu

827 – J’accuse toute violence en l’education d’une ame tendre, qu’on dresse pour l’honneur et pour la liberté. Il y a je ne sçay quoy de servile en la rigueur et en la contrainte ; et tiens que ce qui ne se peut faire par la raison, et par prudence et adresse, ne se faict jamais par la force.
MONTAIGNE (Essais – II - 8)
Mots clefs : éducation, violence

828 – Les anciens Gaulois estimoient à extreme reproche d’avoir en accointance de femme avant l’aage de vingt ans, et recommandoient singulièrement aux hommes qui se vouloient dresser pour la guerre, de conserver bien avant en l’aage leur pucellage, d’autant que les courages s’ammolissent et divertissent par l’accouplage des femmmes.
MONTAIGNE (Essais – II - 8)
Mots clefs : accouplement, pucelage

829 – Il me semble que la vertu est chose autre et plus noble que les inclinations à la bonté qui naissent en nous. Les ames reglées d’elles mesmes et bien nées, elles suyvent mesme train, et representent en leurs actions mesme visage que les vertueuses. Mais la vertu sonne je ne sçay quoy de plus grand et de plus actif que de se laisser, par une heureuse complexion, doucement et paisiblement conduire à la suite de la raison.
MONTAIGNE (Essais – II - 11)
Mots clefs : raison, vertu

830 – Un seigneur Italien tenait une fois ce propos en ma presence, au desavantage de sa nation : Que la subtilité des Italiens et la vivacié de leurs conceptions estoit si grande qu’ils prevoyent les dangiers et accidens qu’ils pourvoyent advenir de si loin, qu’il ne falloit pas trouver estrange si on les voyait souvent à la guerre, prouvoir à leur seurté, voire avant que d’avoir reconneu le peril ; que nous et les Espaignols, qui n’estions pas si fins, allions plus outre, et qu’il nous falloit faire voir à l’oeil et toucher à la main le dangier avant que de nous en effrayer, et que lors aussi nous n’avions plus de tenue ; mais que les Allemans et les Souysses, plus groiers et plus lourds, n’avoyent le sens de se raviser, à peine lors mesmes qu’ils estoyent accablez soubs les coups. Ce n’estoit à l’adventure que pour rire.
MONTAIGNE (Essais – II - 11)
Mots clefs : Allemand, Espagnol, Français, Italien, Suisse