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05.08.2007

Citations-841à850-Montaigne

Le doute, la communication, la religion, la philosophie ou l'érotisme : avec MONTAIGNE


841 – Prenez le plus fameux party, il ne sera jamais si seur qu’il ne vous faille, pour le deffendre, attaquer et combattre cent et cent contraires partis. Vaut-il pas mieux se tenir hors de la meslée ?
MONTAIGNE (Essais – II - 12)
Mots clefs : doute, neutralité

842 – Nostre parler a ses foiblesses et ses defauts, comme tout le reste. La plus part des occasions de trouble du monde sont Grammairiennes. Nos procez ne naissent que du debat de l’interpretation des loix ; et la plus part des guerres, de cette impuissance de n’avoir sçeu clairement exprimer les conventions et traictez d’accord des princes. Combien de querelles et combien importantes a produit au monde le doubte du sens de cette syllabe : hoc !
MONTAIGNE (Essais – II - 12)
Mots clefs : communication, guerre, langage, procès

843 – L’homme est bien insensé. Il ne saurait forger un ciron, et forge des Dieux à douzaine.
MONTAIGNE (Essais – II - 12)
Mots clefs : dieux, religion

844 – Tout ainsi que les femmes employent des dents d’yvoire où les leurs naturelles leur manquent, et, au lieu de leur vrai teint, en forgent un de quelque matiere estrangere ; comme elles font des cuisses de drap et de feutre, et de l’embonpoint de coton, et, au veu et au sçeu d’un chacun, s’embellissent d‘une beauté fauce et empruntée : ainsi faict la science (et nostre droict mesme a, dict-on, des fictions legitimes sur lesquelles il fonde la vérité de sa justice) ; elle nous donne en payement et en presupposition les choses qu’elle mesmes nous aprend estre inventées : car ces epicycles, excentriques, concentriques, dequoy l’Astrologie s’aide à construire le bransle de ces estoilles, elle nous les donne pour le mieux qu’elle ait sçeu inventer en ce sujet ; comme aussi au reste la philosophie nous presente non pas ce qui est, ou ce qu’elle croit, mais ce qu’elle forge ayant plus d’apparence et de gentillesse. Platon, sur le discours de l’estat de nostre corps et de celuy des bestes : « Que ce que nous avons dict soit vray, nous en asseurerions, si nous avions sur ce la confirmation d’un oracle ; seulement nous asseurons que c’est le plus vrai-semblablement que nous ayons sçeu dire. »
MONTAIGNE (Essais – II - 12)
Mots clefs : coquetterie, droit, fards, hypothèse, philosophie, science, théorie

845 – Tenez vous dans la route commune, il ne faict mie bon estre si subtil et si fin. Souvienne vous de ce que dit le proverbe thoscan : « Chi troppo s’assottiglia si scavezza ». Je vous conseille, en vos opinions et en vos discours, autant qu’en vos moeurs et en toute autre chose, la moderation et l’attrempance, et la fuite de la nouvelleté et de l’estrangeté.
MONTAIGNE (Essais – II - 12)
Mots clefs : modération, tempérance

846 – Si par experience nous touchons à la main que la forme de nostre estre despend de l’air, du climat et du terroir où nous naissons, non seulement le tainct, la taille, la complexion et les contenances, mais encore les facultez de l’ame, en maniere que, ainsi que les fruits naissent divers et les animaux, les hommes naissent aussi plus ou moins belliqueux, justes, temperans et dociles : icy subjects au vin, ailleurs au larecin ou à la paillardise ; icy enclins à superstition, ailleurs à la mescreance ; capables d’une science ou d’un art, grossiers ou ingenieux, obeïssans ou rebelles, bons ou mauvais, selon que porte l’inclination du lieu où ils sont assis, et prenant nouvelle complexion si on les change de place, comme les arbres [...]
MONTAIGNE (Essais – II - 12)
Mots clefs : comportement, environnement, milieu, origine

847 – Quelle verité que ces montaignes bornent, qui est mensonge au monde qui se tient au delà ?
MONTAIGNE (Essais – II - 12)
Mots clefs : relativité, vérité

848 – [...] cette honnesteté et reverence, que nous appelons, de couvrir et cacher aucune de nos actions naturelles et legitimes, de n’oser nommer les choses par leur nom, de craindre à dire ce qu’il nous est permis de faire, n’eussent-ils pas peu dire avec raison que c’est plutost une affetterie et mollesse, inventée aux cabinets mesmes de Venus, pour donner pris et poincte à ses jeux ? N’est-ce pas un alechement, une amorce et un aiguillon à la volupté ? car l’usage nous fait sentir evidemment que la cerimonie, la vergougne et la difficulté, ce sont esquissements et allumettes à ces fievres là ; c’est ce que disent aucuns, que d’oster les bordels publiques, c’est non seulement espandre par tout la paillardise qui estoit assignée à ces lieux là, mais encore esguillonner les hommes à ce vice par la malaisance.
MONTAIGNE (Essais – II - 12)
Mots clefs : amour physique, bordel, érotisme, sexualité

849 – Les sens sont le commencement et la fin de l’humaine cognoissance.
MONTAIGNE (Essais – II - 12)
Mots clefs : connaissance, savoir, sens

850 – L’objet que nous aymons nous semble plus beau qu’il n’est, [...] et plus laid celuy que nous avons à contre coeur. A un homme ennuyé et affligé, la clarté du jour semble obscurcie et tenebreuse. Nos sens sont non seulement alterez, mais souvent hebetez du tout par les passions de l’ame. Combien de choses voyons nous, que nous n’appercevons pas si nous avons nostre esprit empesché ailleurs ?
MONTAIGNE (Essais – II - 12)
Mots clefs : passions, sens, objectivité

Commentaires

Eu un peu de mal à lire certaines, à cause du vieux français, mais 848-849-850- sont tout à fait dans ma faculté de compréhension et j'apprécie beaucoup.
Merci. Monique

Ecrit par : monique-âne | 05.08.2007

Eh oui, Monique! Pas évident à lire, mais parfois l'effort aide à la véritable compréhension d'un texte. Bon courage, car nous n'en avons pas fini avec Montaigne.
Cordialement.
Gilles.

Ecrit par : Gilles | 07.08.2007