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05.08.2007
Citations-851à860-MONTAIGNE
Encore MONTAIGNE !!! et pourquoi pas ?
851 – La fleur d’aage se meurt et passe quand la vieillesse survient, et la jeunesse se termine en fleur d’aage et d’homme fait, l’enfance en la jeunesse, et le premier aage meurt en l’enfance et le jour d’hier meurt en celuy du jourd’huy, et le jourd’huy mourra en celuy de demain ; et n’y a rien qui demeure et qui soit toujours un. Car, qu’il soit ainsi, si nous demeurons toujours mesmes et uns, comment est-ce que nous nous esjouyssons maintenant d’une chose, et maintenant d’une autre ? Commment est-ce que nous aymons choses contraires ou les haïssons, nous les louons ou nous les blasmons ? Comment avons-nous differentes affections, ne retenant plus le mesme sentiment en la mesme pensée ? Car il n’est pas vray-semblable que sans mutation nous prenions autres passions ; et ce qui souffre mutation ne demeure pas un mesme, il n’est donc pas aussi.
MONTAIGNE (Essais – II - 12)
Mots clefs : changement, évolution, existence, temps, unité
852 – « O la vile chose [...] et abjecte que l’homme, s’il ne s’esleve au dessus de l’humanité ! » Voilà bies un bon et un utile désir, mais pareillement absurde. Car de faire la poignée plus grande que le poing, la brassée plus grande que le bras, et d’esperer enjamber plus que de l’estandüe de nos jambes, cela est impossible et monstrueux. Ny que l’homme se monte au desus de soy et de l’humanité : car il ne peut voir que de ces yeux, ny saisir que de ses prises. Il s’eslevera si Dieu lui prestela main : il s’elesvera, abondamment et renonàant à ses propres moyens, et se laissant hausser et soubslever par la grace divine : mais non autrement.
MONTAIGNE (Essais – II - 12)
Mots clefs : homme, humanité, présomption
853 – Qui n’est home de bien que par ce qu’on le sçaura, et par ce qu’on l’en estimera mieux après l’avoir sçeu ; qui ne veut bien faire qu’en condition que sa vertu vienne à la connoissance des hommes, celuy-là n’est pas homme de qui on puisse tirer beaucoup de service.
MONTAIGNE (Essais – II - 16)
Mots clefs : image, réputation, jugement, opinion publique
854 – Ce n’est pas pour la montre que nostre ame doit jouer son rolle, c’est chez nous au dedans,où nuls yeux ne donnent que les nostres : là elle nous couvre de la crainte de la mort, des douleurs et de la honte mesme ; elle nous asseure là de la perte de nos enfans, de nos amis et de nos fortunes ; et quand l’opportunité s’y presente, elle nous conduit aussi aux hazards de la guerre. [...] Ce profit est bien plus grand et bien plus digne d’estre souhaité et esperé que l’honneur et la gloire, qui n’est qu’un favorable jugement qu’on faict de nous.
MONTAIGNE (Essais – II - 16)
Mots clefs : gloire, honneur, jugement
855 – Voylà comment tous ces jugemens qui se font des apparences externes sont merveilleusement incertains et douteux ; et n’est aucun si asseuré tesmoing comme chacun à soy-mesme.
MONTAIGNE (Essais – II - 16)
Mot clef : jugement
856 – La philosophie ne me semble jamais avoir si beau jeu que quand elle combat nostre presomption et vanité ; quand elle reconnoit de bonne foy son irresolution, sa foiblese et son ignorance. Il me semble que la mere nourrisse des plus fauces opinions et publiques et particulieres, c’est la trop bonne opinion que l’homme a de soy.
MONTAIGNE (Essais – II - 17)
Mots clefs : ignorance, opinion de soi-même, presomption, vanité
857 – On peut faire le sot par tout ailleurs, mais non en la Poësie.
MONTAIGNE (Essais – II - 17)
Mots clefs : poésie
858 – Le corps a une grand’part à nostre estre, il y tient un grand rang ; ainsi sa structure et composition sont de bien juste consideration. Ceux qui veulent despendre nos deux pieces principales et les sequestrer l’une de l’autre, ils ont tort. Au rebours, il les faut r’accoupler et rejoindre. Il faut ordonner à l’ame non de se tirer à quartier, de s’entretenir à part, de mespriser et abandonner le corps (aussi ne le sçauroit elle faire que par quelque singerie contrefaite), mais de se r’allier à luy, de l’embrasser, le cherir, luy assister, le contrevoller, le conseiller, le redresser et ramener quand il fourvoye, l’espouser en somme et lui servir de mary ; à ce que leurs effects ne paroissent pas divers et contraires, ains accordans et uniformes.
MONTAIGNE (Essais – II – 17)
Mots clefs : âme, corps, unité
859 – La premiere distinction qui aye esté entre les hommes, et la premiere consideration qui donna les proeminences aux uns sur les autres, il est vray-semblable que ce fut l’advantage de la beauté.
MONTAIGNE (Essais – II - 17)
Mot clef : beauté
860 – Le pis que je trouve en nostre estat, c’est l’instabilité, et que nos loix, non plus que nos vestemens, ne peuvent prendre aucune forme arrestée. Il est bien aisé d’accuser d’imperfection une police, car toutes choses mortelles en sont pleines ; il est bien aussi aisé d’engendrer à un peuple le mespris de ses anciennes observances : jamais homme n’entrepris cela, qui n’en vint à bout ; mais d’y restablir un meilleur estat en la place de celuy qu’on a ruiné, à cecy plusieurs se sont morfondus, de ceux qui l’avoient entreprins.
MONTAIGNE (Essais – II - 17)
Mots clefs : changement, évolution, instabilité, révolution
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