« 2007-07 | Page d'accueil | 2007-09 »
31.08.2007
Citations-1081à1090- Abel, Pascal, Yourcenar
Après ABEL et PASCAL, rentrons dans le roman historique avec Margurite YOURCENAR et son HADRIEN.
1081 – N’est-ce pas pardonner, à soi, aux autres, à la vie, que de désirer un enfant ? Toucher par-là une inconscience, une innocence plus vierge et plus vivace que tout oubli.
Olivier ABEL (Le pardon – Postface)
Editions Autrement – Série Morales – 1991 – page 232
Mots clefs : enfant, pardon
1082 – Qui aurait trouvé le secret de se réjouir du bien sans se fâcher du mal contraire aurait trouvé le point.
Blaise PASCAL
Mots clefs : bien, mal
1083 – Manger un fruit, c’est faire entrer en soi un bel objet vivant, étranger, nourri et favorisé comme nous par la terre ; c’est consommer un sacrifice où nous nous préférons aux choses.
Marguerite YOURCENAR (Mémoires d’Hadrien)
Editions Gallimard – La Pléiade – 1988 – page 291
Mot clef : nourriture
1084 – La tradition populaire ne s’y est pas trompée, qui a toujours vu dans l’amour une forme d’initiation, l’un des points de rencontre du secret et du sacré.
Marguerite YOURCENAR (Mémoires d’Hadrien)
Editions Gallimard – La Pléiade – 1988 – p.295-296
Mot clef : amour
1085 – Comme tout le monde, je n’ai à mon service que trois moyens d’évaluer l’existence humaine : l’étude de soi, la plus difficile et la plus dangereuse, mais aussi la plus féconde des méthodes ; l’observation des hommes, qui s’arrangent le plus souvent pour nous cacher leurs secrets ou pour nous faire croire qu’ils en ont ; les livres, avec les erreurs particulières de perspective qui naissent entre leurs lignes.
Marguerite YOURCENAR (Mémoires d’Hadrien)
Editions Gallimard – La Pléiade – 1988 – page 302
Mots clefs : connaissance de soi-même, existence, livres, observation
1086 – Mais [les livres] mentent, et même les plus sincères. Les moins habiles, faute de mots et de phrases où ils la pourraient enfermer, retiennent de la vie une image plate et pauvre ; tels, comme Lucain, l’alourdissent et l’encombrent d’une solennité qu’elle n’a pas. D’autres, au contraire, comme Pétrone, l’allègent, font d’elle une balle bondissante et creuse, facile à recevoir et à lancer dans un univers sans poids. Les poètes nous transportent dans un monde plus vaste ou plus beau, plus ardent ou plus doux que celui qui nous est donné, différent par là même, et en pratique presque inhabitable. Les philosophes font subir à la réalité, pour pouvoir l’étudier pure, à peu près les mêmes transformations que le feu ou le pilon font subir aux corps : rien d’un être ou d’un fait, tels que nous les avons connus, ne paraît subsister dans ces cristaux ou dans cette cendre. Les historiens nous proposent du passé des systèmes trop complets, des séries de causes et d’effets trop exacts et trop clairs pour avoir jamais été entièrement vrais ; ils réarrangent cette docile matière morte, et je sais que même à Plutarque échappera toujours Alexandre. Les conteurs, les auteurs de fables milésiennes, ne font guère, comme des bouchers, que d’appendre à l’étal de petits morceaux de viandes appréciés des mouches. Je m’accommoderais fort mal d’un monde sans livres, mais la réalité n’est pas là, parce qu’elle n’y tient pas tout entière.
Marguerite YOURCENAR (Mémoires d’Hadrien)
Editions Gallimard – La Pléiade – 1988 – pages 302-303
Mots clefs : conteurs, historiens, livres, philosophes, poètes
1087 – […] l’esprit humain répugne à s’accepter des mains du hasard, à n’être que le produit passager de chances auxquelles aucun dieu ne préside, surtout pas lui-même. Une partie de chaque vie, et même de chaque vie fort peu digne de regard, se passe à rechercher les raisons d’être, les points de départ, les sources.
Marguerite YOURCENAR (Mémoires d’Hadrien)
Editions Gallimard – La Pléiade – 1988 – page 306
Mots clefs : dieu, hasard, sens de la vie
1088 – La fiction a du bon : elle prouve que les décisions de l’esprit et de la volonté priment les circonstances.
Marguerite YOURCENAR (Mémoires d’Hadrien)
Editions Gallimard – La Pléiade – 1988 – page 310
Mots clefs : esprit, fiction, volonté
1089 – Le véritable lieu de naissance est celui où l’on a porté pour la première fois un coup d’œil intelligent sur soi-même : mes premières patries ont été des livres.
Marguerite YOURCENAR (Mémoires d’Hadrien)
Editions Gallimard – La Pléiade – 1988 – page 310
Mots clefs : livres, naissance
1090 – La grammaire, avec son mélange de règle logique et d’usage arbitraire, propose au jeune esprit un avant-goût de ce que lui offriront plus tard les sciences de la conduite humaine, le droit ou la morale, tous les systèmes où l’homme a codifié son expérience instinctive.
Marguerite YOURCENAR (Mémoires d’Hadrien)
Editions Gallimard – La Pléiade – 1988 – page 311
Mot clef : grammaire
17:25 Publié dans Citations | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
30.08.2007
Citations-1071à1080-Bertin, Abecassis, Estrella, Louis, Abel, Jankelevitch, Céline, Sartre
Les thèmes du pardon, à nouveau, de la responsabilité et bien d'autres, avec Jacques BERTIN, Armand ABECASSIS, Miguel Angel ESTRELLA, Olivier ABEL, René LOUIS, Vladimir JANKELEVITCH, Louis-Ferdinand CELINE et Jean-Paul SARTRE. Pas moins!
1071 – Le chanteur n’est qu’un adolescent du langage, déversant son prurit qui n’est que celui des classes modestes découvrant la parole.
Jacques BERTIN (Le pardon – Depuis l’affaire du premier bonbon)
Editions Autrement – Série Morales – 1991 – p. 97
Mots clefs : chanteur, parole
1072 – Il faut que la mémoire soit entretenue. Nous n’oublierons jamais le mal fait. Crispons-nous, mobilisons-nous, battons-nous. Il y va de notre futur. Ma mémoire est mon avenir. Ma fidélité est ma langue de poche. Je ne me pardonne rien. Je tâche de ne pas oublier. C’est ma tâche. Pour faire renaître, comme un feu renaît de ses braises, mais avec des mots de toi à moi, coupable et victime, victime et coupable, la faute, et nous rendre tous deux meilleurs de cette mémoire dite.
Ne pas pardonner, c’est donc tout le contraire de la bassesse. C’est la vigilance du veilleur, du poète, du prophète.
Jacques BERTIN (Le pardon – Depuis l’affaire du premier bonbon)
Editions Autrement – Série Morales – 1991 –
pages 99/100
Mots clefs : avenir, faute, fidélité, mémoire, pardon
1073 – Il faut se souvenir de la faute pour la pardonner et pour la transcender. Si on l’oublie, on ne peut la pardonner réellement.
Armand ABECASSIS (Le pardon – L’acte de mémoire)
Editions Autrement – Série Morales – 1991 – p. 141
Mots clefs : faute, mémoire, pardon
1074 – Le monde n’a pas été éduqué à assumer la différence. L’homme est angoissé par la relation d’altérité. Libre, il peut y réagir jusqu’à effacer autrui de l’existence et un peuple de la carte.
Armand ABECASSIS (Le pardon – L’acte de mémoire)
Editions Autrement – Série Morales – 1991 – p. 144
Mots clefs : altérité, différence, génocide, racisme
1075 – Tu sais, faire de la musique ensemble, c’est comme l’amour, cela ressemble beaucoup. On est intégrés, on est complices, et on est plusieurs à le dire en même temps.
Miguel Angel ESTRELLA (Le pardon – Tu es des milliers)
Editions Autrement – Série Morales – 1991 – p. 178
Mots clefs : amour, musique
1076 – N’entrerait-il pas cependant un orgueil démesuré dans un pardon absolument gratuit ? « Tu m’as tout pris ; ma vie, tu l’as détruite ; mais je n’ai que faire de ta bassesse car je suis magnanime ; te haïr, ce serait me mettre au même niveau que toi ; te donner la mort me salirait… ». Plus forte est l’offense, plus grand est le pardon, qui n’est alors, comme d’un gant retourné, que le revers de la vengeance. Une mesure de rétorsion, en somme, avec chantage au sentiment, mais en plus raffiné, en plus pervers…
René LOUIS (Le pardon – Au prix du silence)
Editions Autrement – Série Morales – 1991 – p. 192
Mots clefs : orgueil, pardon, vengeance
Le pardon, à nouveau, et bien d'autres thèmes avec
1077 – Ce qui est coupable parfois dans un suicide, c’est une manière de tuer l’autre en soi, une manière de ne pas aimer soi-même comme un « prochain ». Mais comment reprocher à quelqu’un son impuissance à se pardonner, à se percevoir lui-même autrement.
Olivier ABEL (Le pardon – Postface)
Editions Autrement – Série Morales – 1991 – p. 216
Mots clefs : pardon, suicide
1078 – […] le temps qui décolore toutes les couleurs et ternit l’éclat des émotions, le temps amortit la joie comme il console la peine, le temps endort la gratitude comme il désarme la rancune, l’un et l’autre indistinctement ; il sèche nos larmes, mais il éteint aussi la flamme de la passion : l’amour se perd dans les sables.
Vladimir JANKELEVITCH (Le pardon)
Editions Aubier – 1957 – page 28
Mots clefs : amour, passion, temps
1079 – Rien n’est gratuit en ce bas monde. Tout s’expie, le bien comme le mal, se paie tôt ou tard. Le bien, c’est beaucoup plus cher forcément.
Louis-Ferdinand CELINE (Semmelweiss)
Editions Gallimard – 1990 – page 10
Mots clefs : bien, expiation, gratuité, mal
1080 – On est totalement responsable de sa vie. […] On n’a jamais d’excuse, parce que l’événement ne peut vous atteindre que s’il est assumé par vos possibilités propres.
Jean-Paul SARTRE (Les carnets de la drôle de guerre)
Editions Gallimard – 1983 – page 123
Mots clefs : évènement, responsabilité
17:05 Publié dans Citations | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
29.08.2007
Citations-1061à1070-Abel, Jankelevitch, Legendre, Baudrillard, Bertin
Quelques "résonances" sur le pardon et plus généralement l'Homme... avec Olivier ABEL, Vladimir JANKELEVITCH, Pierre LEGENDRE, Jean BAUDRILLARD et Jacques BERTIN.
A partir de cet envoi, chaque citation sera accompagnée, en principe, des références de l'ouvrage dont elle a été extraite, pour vous permettre éventuellement de vous reporter à sa source.
1061 – Mais dans certaines circonstances, l’idée du pardon a pu au contraire donner à quelqu’un le courage de réparer, et ce courage est peut-être une des choses qui nous manquent le plus, dans une société où l’on ne répare rien, où l’on rejette tout (et aussi les autres, quand ils ne sont plus utiles ou plaisants).
Olivier ABEL (Le pardon – Préface)
Editions Autrement – Série Morales – 1991 – p. 12
Mots clefs : pardon, réparation
1062 – Il est bien possible qu’un pardon pur de toute arrière-pensée n’ait jamais été accordé ici-bas, qu’une dose infinitésimale de rancune subsiste de fait dans la rémission de toute offense : tel cet impondérable calcul, tel ce motif microscopique d’intérêt propre qui subsistent en cachette dans les souterrains du désintéressement.
Vladimir JANKELEVITCH (Le pardon)
Editions Aubier – 1957 – page 1
Mots clefs : désintéressement, pardon, rancune
1063 – Car pardonner, c’est renoncer entièrement à avoir le dernier mot.
Olivier ABEL (Le pardon – Préface)
Editions Autrement – Série Morales – 1991 – p. 13
Mot clef : pardon
1064 – Peut-on croire jusqu’au bout que les hommes souffrent seulement pour leur méchanceté, ne sont-ils pas globalement plus malheureux encore que méchants ?
Olivier ABEL (Le pardon – Préface)
Editions Autrement – Série Morales – 1991 – p. 15
Mots clefs : malheur, méchanceté
1065 – Non, il n’y a pas de monstres. Dans les grandes tueries modernes organisées par le juridisme bureaucratique, ce ne sont pas des monstres qui agissent, mais des gens très ordinaires, qui feraient d’excellents épiciers, des professionnels méticuleux, capables de sourire à leurs propres enfants. La criminalité sue l’honnêteté.
Pierre LEGENDRE (Le pardon - L’impardonnable)
Editions Autrement – Série Morales – 1991 – p. 15
Mots clefs : bureaucratie, criminalité, guerre, honnêteté, monstre, tuerie
1066 – Transposant une formule très forte des canonistes médiévaux, je dirai que, dans la société où nous sommes, il ne s’agit pas tant de parler que d’éjaculer des mots, c’est à dire de tenir le discours de ce qui nous passe par la tête et dans n’importe quelles conditions d’adresse, de sorte que le discours hitlérien, par exemple, pourra devenir d’un jour à l’autre aussi respectable que tout autre, c’est à dire fondateur d’identifications « légitimes ».
Pierre LEGENDRE (Le pardon - L’impardonnable)
Editions Autrement – Série Morales – 1991
pages 27-28
Mots clefs : discours, parole
1067 – Mais ce que l’on ne comprend pas, c’est que ce sont les Africains qui nous méprisent ! Leur mépris pour la façon que nous avons de vivre et de mourir est bien plus grand que le nôtre à leur égard ! Du fond de leur dépossession, tous savent être en possession de valeurs que nous avons perdues ; notre monde occidental est complètement dévalorisé, invivable, et son objectif est de les coloniser à son image en les réduisant au degré zéro de la valeur.
Jean BAUDRILLARD (Le pardon – Paysage sublunaire et atonal)
Editions Autrement – Série Morales – 1991 – p. 38
Mots clefs : Africain, colonisation, mépris, valeur
1068 – L’impardonnable est une atteinte au plus fragile et au plus nécessaire qui soit : la représentation du principe de vie. Si l’on comprend cela, on saisit que la Loi humaine est la même pour tous, à travers de multiples versions culturelles de la représentation du principe de vie.
Pierre LEGENDRE (Le pardon - L’impardonnable)
Editions Autrement – Série Morales – 1991 – p. 32
Mots clefs : impardonnable, loi humaine, principe de vie, universalité
1069 – Lorsque je vois à la télévision un débile de notre classe politique, je ne lui pardonne pas d’être aussi débile, aussi lâche, et surtout de nous prendre pour des idiots, de raconter n’importe quoi, donc de nous prendre pour n’importe qui, et d’y croire lui-même. La seule chose impardonnable, comme le pensait Flaubert, c’est la bêtise. La bêtise est inacceptable.
Jean BAUDRILLARD (Le pardon – Paysage sublunaire et atonal)
Editions Autrement – Série Morales – 1991 – p. 39
Mots clefs : bêtise, Flaubert, homme politique
1070 – Allons, si les philosophes croyaient à ce qu’ils enseignent, il y a longtemps que le monde serait paisible comme un manuel de philosophie !
Jacques BERTIN (Le pardon – Depuis l’affaire du premier bonbon)
Editions Autrement – Série Morales – 1991 – p. 96
Mot clef : philosophe
17:50 Publié dans Citations | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
28.08.2007
Citations-1051à1060- Tchekhov, Krylov
"Résonances" vous emmène aujourd'hui dans l'univers d'Anton TCHEKHOV...
1051 – Pour autant qu’il me soit possible de comprendre l’ordre des choses, la vie est uniquement faite d’horreurs, de soucis et de médiocrités qui se suivent et se chevauchent.
Anton TCHEKHOV (Correspondance)
Mots clefs : horreurs, médiocrité, soucis, vie
1052 – La foule pense qu’elle sait et comprend tout. Plus elle est bête, plus large est son horizon. Mais l’artiste, en qui cette foule croit, a le courage de déclarer qu’il ne comprend rien à tout ce qu’il voit, cela seul constitue déjà un grand pas en avant.
Anton TCHEKHOV (Correspondance)
Mots clefs : artiste, connaissance, foule, ignorance
1053 – Aujourd’hui, en face de la mort, de même que jadis, il y a vingt ou trente ans, seule la science m’intéresse. En rendant mon dernier soupir, je continue tout de même à croire que la science est ce qu’il y a de plus important dans la vie humaine, de plus beau, de plus nécessaire ; qu’elle fut et qu’elle sera toujours la manifestation la plus haute de l’amour et que c’est grâce à elle seule que l’homme réussira à triompher de la nature et de lui-même.
Anton TCHEKHOV (Nouvelles : Une morne histoire)
Mots clefs : amour, nature, science
1054 – Le théâtre est une force qui concentre touts les arts, et les acteurs sont des missionnaires. Nul art et nulle science pris à part ne sont capables d’agir sur l’âme humaine aussi puissamment, aussi sûrement que la scène, et c’est donc avec raison qu’un acteur de valeur moyenne jouit dans l’Etat d’une popularité beaucoup plus grande que le savant ou que le peintre le meilleur. Aucune activité publique ne peut donner autant de jouissance et de satisfaction que la carrière d’acteur.
Anton TCHEKHOV (Nouvelles : Une morne histoire)
Mots clefs : acteur, art, peintre, savant, théâtre
1055 – Le ton orgueilleusement bienveillant des préfaces et l’abondance des notes du traducteur qui m’empêchent de me recueillir, les points d’interrogation et les « sic » entre parenthèses dispersés par le généreux traducteur tout au long de l’article ou du livre, - tout cela me fait l’effet d’un attentat contre la personnalité de l’auteur et contre mon indépendance de lecteur.
Anton TCHEKHOV (Nouvelles : Une morne histoire)
Mots clefs : écrivain, lecture, préface, traduction
1056 – Il arrive aux aigles de voler plus bas que les poules, - mais jamais les poules ne s’élèveront jusqu’aux nues.
KRYLOV (Fable)
Mots clefs : aigle, poule
1057 – « Connais-toi toi-même ». Excellent conseil et très utile ; dommage seulement que les anciens ne se soient pas avisés de nous indiquer comment il fallait s’en servir.
Anton TCHEKHOV (Nouvelles : Une morne histoire)
Mot clef : connaissance de soi-même
1058 – […] pourquoi y a-t-il des médecins dans ce monde, des infirmiers, des marchands, des employés, des paysans et non pas tout simplement des gens libres ? Il existe pourtant des oiseaux libres, des animaux libres, des hommes libres comme Merik, et ils ne craignent personne et n’ont besoin de personne ! Qui donc a établi, a dit qu’il faut se lever le matin, dîner à midi, se coucher le soir, que le médecin est au-dessus de l’infirmier, qu’il faut vivre dans des chambres et qu’on ne peut aimer que sa femme ?… Pourquoi ne pas dîner au contraire la nuit et dormir le jour ? Ah ! sauter sur un cheval sans demander à qui il appartient, galoper dans le vent à travers champs, forêts et ravins, aimer les filles, se rire de tout le monde !…
Anton TCHEKHOV (Nouvelles : Le voleur)
Mot clef : liberté
1059 - -Seuls les gens très orgueilleux se taisent toujours et recherchent la solitude […].
Anton TCHEKHOV (Nouvelles : Volodia)
Mots clefs : orgueil, silence, solitude
1060 - - Maintenant, vous désirez de l’argent, mais après peu de temps, vous voudrez autre chose, et puis encore autre chose, et encore. Si vous voulez être heureux […], alors, en premier, ne désirez rien. Oui … Puisque le destin nous a cruellement offensés, vous et moi, inutile de lui demander des faveurs et de se prosterner devant lui. Il faut le mépriser et se moquer de lui. Sinon c’est lui qui se moquera de nous.
Anton TCHEKHOV (Nouvelles : Les relégués)
Mots clefs : désir, destin, envie
17:15 Publié dans Citations | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
25.08.2007
Citations-1041à1050-Bellet, Klein, AungSan Suu Kyi, Morin
Un peu de philosophie (?) avec BELLET, KLEIN, AUNG SAN SUU KYI et Edgar MORIN
1041 – En ce dernier cas « mon » honneur n’est point d’abord rival de l’honneur d’autrui. Il est plutôt de ne jamais me résigner à ce qu’aucun visage humain ne soit écrasé sous la botte de ceux qui s’imaginent être des seigneurs.
M. BELLET (L’honneur – La gloire du seigneur)
Mot clef : honneur
1042 – Nous touchons presque au mystère de l’absolu « plural » : de même que la mort concerne tous les hommes en général mais n’est l’absolu que pour chacun en particulier, pour chaque sujet seul, de même l’évidence honteuse ne peut être honnie que par chacun, par chacun et lui seul.
P. M. KLEIN (L’honneur – De l’indignation)
Mots clefs : honte, mort
1043 – Ce n’est pas le pouvoir qui corrompt mais la peur. La peur de perdre le pouvoir corrompt ceux qui l’exercent, et la peur des matraques corrompt ceux qui y sont soumis.
AUNG SAN SUU KYI (Se libérer de la peur)
Mots clefs : corruption, peur, pouvoir
1044 – On a toujours eu une vision architecturale de la pensée, comme si elle avait besoin de pierres de base sur laquelle s’élèverait l’édifice. C’est le système. Moi, je la vois beaucoup plus comme une musique, comme une symphonie qui se déroule dans le temps en prenant son propre élan sur soi-même.
Edgar MORIN (Entretiens)
Mots clefs : musique, pensée
1045 – Tous les grands évènements de notre siècle étaient absolument inattendus la veille du jour où ils ont surgi, à commencer par la guerre de 1914. Travailler dans l’incertain et l’inattendu, c’est le destin de la pensée et de l’action humaines.
Edgar MORIN (Entretiens)
Mots clefs : évènements, inattendu, incertitude,
1046 – […] quand quelqu’un entreprend une action, il peut la contrôler tout au début mais après elle échappe à sa volonté parce qu’elle entre dans un jeu d’interactions et de rétroactions propres au milieu dans lequel il intervient.
Edgar MORIN (Entretiens)
Le Monde du 26/11/1991
Mot clef : action
1047 – Dès lors, nous nous rendons compte que nous faisons des paris, non seulement sur la réussite de nos actions mais aussi sur leur sens et sur nos valeurs. C’est la révolution de Pascal : Dieu, je ne peux pas prouver qu’il existe de façon logique ou ontologique, mais j’en fais le pari et je le justifie. Ainsi doit-on faire avec nos dieux personnels, qui sont Amour et Vérité, et nos dieux laïcs qui sont Liberté, Egalité, Fraternité.
Edgar MORIN (Entretiens)
Le Monde du 26/11/1991
Mots clefs : action, amour, dieu, égalité, fraternité, liberté, Pascal, valeur, vérité
1048 – Il faut se passer de la promesse. C’est très difficile pour des Européens parce qu’ils ont été profondément imprégnés de la promesse du salut, juif et chrétien, nous les avons retrouvés, sous une forme laïcisée, dans Marx qui a produit une religion du salut terrestre – et non plus céleste – Nous devons renoncer au salut. Est-ce épouvantable ? Non, les Japonais, les Chinois vivent sans salut. Le bouddhisme aspire au néant ! C’est la grande étape historique et anthropologique à accomplir : vivre en reconnaissant notre condition d’êtres humains, condamnés à la mort parce que nous sommes vivants, ignorant le pourquoi du cosmos et incertains de notre avenir.
Edgar MORIN (Entretiens)
Le Monde du 26/11/1991
Mots clefs : condition humaine, Marx, promesse, salut
1049 – Quels sont les facteurs d’espoir ? C’est tout d’abord l’ouverture que nous donne la conscience d’être dans une ère de recommencement. Mais c’est surtout l’improbable. Tous les évènements importants et créateurs ont été éminemment improbables, qu’il s’agisse de la naissance de la vie il y a cinq milliards d’années au milieu des volcans et des cataclysmes, de celle des sociétés historiques à partir de sociétés de chasseurs-ramasseurs ou de la résistance d’Athènes aux Perses, qui a permis la naissance de la démocratie. Bref, l’improbable arrive.
Edgar MORIN (Entretiens)
Le Monde du 26/11/1991
Mots clefs : espoir, évènements, improbable
1050 – Nous avons une trinité laïque qui nous guide – Liberté, Egalité, Fraternité – mais ses termes sont antagonistes en même temps qu’inséparables. L’égalité peut détruire la liberté et la fraternité si elle est arbitrairement imposée. La liberté met en péril l’égalité. Bref, ces termes se combattent. Et l’art de naviguer politiquement consiste à savoir qu’il y a des moments où il faut mettre l’accent sur l’un des termes. Aujourd’hui, c’est en premier lieu la fraternité.
Edgar MORIN (Entretiens)
Le Monde du 26/11/1991
Mots clefs : égalité, fraternité, liberté, politique
17:17 Publié dans Citations | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
24.08.2007
Citations-1031à1040-Ophüls, Badinter, Désir, Kaspar, Stewart, Verret, Jamous, Bellet,
Nouvelles résonances sur l'honneur, par des auteurs allant de Max OPhÜLS à M.BELLET, en passant par Harlem DESIR, Robert BADINTER et d'autres...
1031 – Le déshonneur, c’est l’opportunisme. Il commence très tôt, dès qu’on ferme les yeux. L’honneur suppose donc une vigilance permanente, à commencer par les « détails »... et va jusqu’aux détails et nuances entre Schmidt et Schulz.
M. OPHÜLS (L’honneur – Un certain côté Cyrano)
Mots clefs : déshonneur, honneur, opportunisme
1032 – L’honneur, c’est ça : c’est rester debout, quand c’est le plus dur, pour sa dignité, ses valeurs morales, pour la vérité, pour la justice...
H. DESIR (cité par N.Copin)
Mot clef : honneur
1033 – L’honneur, c’est un rapport profond avec soi-même, c’est la fidélité à ses convictions, quoi qu’il puisse en coûter. Avoir des convictions fortes, ne pas admettre qu’elles soient compromises dans l’action, c’est cela l’honneur. Si Mendès-France est l’exemple de l’homme politique honorable, c’est que ses convictions étaient entières et que son action était conforme. On peut réussir ou échouer... mais l’échec en politique n’est pas déshonorant.
Robert BADINTER (cité par N.Copin)
Mots clefs : convictions, échec, honneur, Mendès-France
1034 – L’honneur, c’est l’absence de tout décalage entre ce que je pense, ce que je dis, et ce que je fais : c’est tenter de réaliser en permanence la synthèse de ma pensée, de ma parole et de mes actes. J. KASPAR (cité par N.Copin)
Mots clefs : action, honneur, parole, pensée, unité
1035 – L’honneur pour un chrétien, c’est de se tenir debout devant l’autre.
J. STEWART (cité par N.Copin)
Mots clefs : chrétien, honneur
1036 – L’honneur public, ce sera quand, de la simple affirmation de présence, on passe à l’élaboration de la présentation. Tout l’enjeu du vêtement, car savoir si l’homme porte le vêtement ou si c’est le vêtement qui le porte ? De la propreté aussi : de soi, des siens, des choses dont on se sert, des lieux où l’on vit.
M. VERRET (L’honneur – L’honneur de classe)
Mots clefs : honneur, présentation, propreté, vêtement
1037 – En France, on dit aux enfants : il n’est pas bon de mentir. Au Liban, une mère admirative devant son fils dira : il est « beau comme le mensonge ».
R. JAMOUS (L’honneur – De quoi parlent les fusils ?)
Mots clefs : Liban, mensonge
1038 – Dieu nous garde des défenseurs de dieu, des vigilants gardiens de son honneur !
M. BELLET (L’honneur – La gloire du seigneur)
Mots clefs : Dieu, honneur
1039 – L’honneur de Dieu, c’est l’honneur des pauvres. Vieille sagesse de la Bible, offerte à tous les fils spirituels d’Abraham. Si donc quelqu’un s’avise de vouloir défendre l’honneur de Dieu, il trouve par-là un chemin sûr : du côté « de la veuve et de l’orphelin », des humiliés et des offensés.
M. BELLET (L’honneur – La gloire du seigneur)
Mots clefs : Dieu, honneur, humiliés, offensés
1040 – […] un grand combat demeure à mener : pour la dignité. Quelque chose s’en montre dans ce grand mouvement pour les droits de l’homme, si caractéristique de cette fin de siècle. A travers ses droits reconnus et respectés, c’est l’homme qui est honoré, l’homme en tant qu’homme. Non point par rang ou privilège, ou effet de pouvoir, mais simplement parce qu’il est un être humain. Figure en quelque sorte démocratique de l’honneur : car il ne va pas de haut en bas, il est égal et fraternel, nous nous le donnons les uns aux autres. Cet honneur là n’est contre personne, il ne se soutient pas à abaisser autrui. C’est en somme, l’honneur de l’humanité.
M. BELLET (L’honneur – La gloire du seigneur)
Mots clefs : dignité, droits de l’homme, honneur, humanité
16:50 Publié dans Citations | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
21.08.2007
Citations-1021à1030-Napoléon, Gautheron, Pitt-Rivers, Brantôme, Vigny, Green, Monluc, Ziebura
Ils ont tous parlé d'honneurs(s)... NAPOLEON, GAUTHERON, PITT-RIVERS, BRANTÔME, VIGNY, GREEN, MONLUC ou ZIEBURA. Choisissez.
1021 – « Est-ce que les hochets que sont les décorations et autres distinctions pourraient exercer le pouvoir qui leur appartient, s’ils n’étaient capables de donner au moins l’apparence d’un sens, d’une raison d’être à ces êtres sans raison d’être que sont les humains ? »
NAPOLEON (cité par P.Bourdieu)
Mots clefs : décorations, honneurs, sens de la vie
1022 – Si la générosité est la première valeur engagée dans l’honneur, la seconde est l’espoir, celui du dernier des Justes, qui place sa patience, son courage et sa fidélité dans la parole donnée.
M. GAUTHERON (L’honneur – Préface)
Mots clefs : espoir, générosité, honneur, parole
1023 – En dépit de la dégradation dont l’honneur a été l’objet, il semble que nous puissions admettre la recomposition de son sens aujourd’hui, dans la perspective d’une morale provisoire, de « vie dans la vérité », recherche des conditions de notre identité, de notre intégrité : pas d’identité sans intégrité – unité de la personne. L’exigence d’honneur veut créer notre identité sans cesse menacée de fracture.
M. GAUTHERON (L’honneur – Préface)
Mots clefs : honneur, morale, identité, intégrité, pureté, unité
1024 – En bref, l’honneur est la somme des aspirations de l’individu (et donc de sa vie, comme on l’a si souvent dit), et c’est aussi la reconnaissance que les autres lui accordent.
J. PITT-RIVERS (L’honneur – La maladie de l’honneur)
Mots clefs : honneur, reconnaissance, vie
1025 – «Ma vie appartient à mon roi, mon âme à Dieu, mais mon honneur n’appartient qu’à moi seul».
BRANTÔME (cité par J. PITT-RIVERS)
Mot clef : honneur
1026 – L’honneur aujourd’hui est une maladie dont les symptômes n’apparaissent que quand il n’y en a plus.
J. PITT-RIVERS (L’honneur – La maladie de l’honneur)
Mot clef : honneur
1027 – L’honneur, c’est la conscience, mais la conscience exaltée. C’est le respect de soi-même et de la beauté de sa vie, porté jusqu’à la plus pure élévation et jusqu’à la passion la plus ardente.
Alfred de VIGNY (cité par A.Green)
Mots clefs : beauté, conscience, honneur, passion
1028 – Nous avons besoin de croire en la valeur de certains objets et de certains modes de relation, et de penser qu’ils valent la peine qu’on leur sacrifie sa vie.
A. GREEN (L’honneur – L’honneur et le narcissisme)
Mots clefs : sacrifice, valeur, vie
1029 – Nos biens et nos vies sont à nos rois. L’âme est à Dieu, et l’honneur est à nous. Car sur mon honneur mon roi ne peut rien.
B. de MONLUC (cité par F.Billacois)
Mot clef : honneur
1030 – L’honneur se révéla être ce que depuis longtemps il avait été : un concept anachronique, qui allait trop profondément à l’encontre de la dignité véritable de l’homme. Celle-ci sera protégée par une application résolue des droits de l’homme et du citoyen : leur défense va exactement à l’encontre d’une notion qui en définitive ne conduit qu’au mépris et à la corruption de la dignité humaine.
G. ZIEBURA (L’honneur – Nous n’irons plus au bois)
Mots clefs : dignité, droits (de l’homme et du citoyen), honneur
17:00 Publié dans Citations | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
20.08.2007
Citations-1011à1020-Renan, Jankelevitch
Ernest et Henriette RENAN - une nouvelle fois - et Victor JANKELEVITCH
1011 – [...] c’est, à mon sens, une des plus grandes marques de vérité du christianisme, que, pour en prouver la vérité, il faille analyser tout ce qu’il y a de plus profond dans l’homme : son nœud est là. S’il était faux, au contraire, l’analyse ne pourrait que le détruire.
Ernest RENAN (Lettres intimes)
Mot clef : christianisme
1012 – Les uns et les autres me semblent ignorer également ces deux grandes lois de la nature humaine : 1° que chercher une oeuvre humaine, quelque nom qu’elle porte, fût-il celui de Jésus-Christ, quel que soit son objet avoué, fût-il le plus saint, quelques moyens qu’elle emploie, fussent-ils les plus purs, où les passions humaines n’aient leur contingent d’influence et d’action, que chercher, dis-je, une telle oeuvre, c’est chercher l’impossible ; 2° que l’humanité marchant toujours, et que les institutions ne marchant pas, il s’ensuit nécessairement que les institutions de tel siècle seront en désaccord avec le siècle suivant, et qu’alors vouloir les soutenir, c’est s’amuser à réchauffer un cadavre et faire preuve d’un bien petit esprit.
Ernest RENAN (Lettres intimes)
Mots clefs : institution, passions, progrès
1013 – [...] il vaut mieux refuser un bienfait que de s’exposer à ne pouvoir le reconnaître.
Ernest RENAN (Lettres intimes)
Mot clef : bienfait, reconnaissance
1014 - Il est si pénible de marcher les yeux bandés, sans savoir où l’on va ! Il y a des moments où je regrette le peu de liberté, qui a été laissé à l’homme, pour influer sur sa vie : je voudrais que sa destinée eût été ou tout à fait fatale, ou entièrement dépendante de lui, au lieu que maintenant il est assez fort pour y résister, et pas assez fort pour diriger ; et cette ombre de liberté n’aboutit qu’à le rendre malheureux.
Ernest RENAN (Lettres intimes)
Mots clefs : destinée, liberté, malheur
1015 – [...] on n’est « homme » qu’à la condition d’avoir beaucoup lutté.
Henriette RENAN (Lettres intimes)
Mots clefs : homme, lutte
1016 – Faust est admirable de philosophie, mais désolant de scepticisme ; le monde n’est pas comme cela : il y a une vérité et un bien absolus ; il faut « croire » la première et pratiquer le second. Supposer le monde sans cela, c’est un cauchemar, et Faust n’est pas autre chose.
Ernest RENAN (Lettres intimes)
Mots clefs : bien, Faust, scepticisme, vérité
1017 – Que serait-on à certains moments de la vie, si l’étude et la culture intellectuelle ne formaient un alibi à l’âme fatiguée de lutter contre les difficultés extérieures ?
Ernest RENAN (Lettres intimes)
Mots clefs : culture, difficultés, études, fatigue
1018 – Oui, il y a une faiblesse sainte et vertueuse, nécessaire pour compléter la parfaite harmonie de la nature humaine. L’homme parfait serait, ce me semble, un peu faible, et le Christ ne l’a-t-il pas été ? Il n’y a que les barres de fer qui ne fléchissent jamais.
Ernest RENAN (Lettres intimes)
Mots clefs : Christ, faiblesse, homme, perfection
1019 – Tout, comme tu sais, dépend de la première pose que l’on prend, et il est toujours plus ou moins au pouvoir de quelqu’un de donner le ton sur lequel il veut être traité.
Ernest RENAN (Lettres intimes)
Mots clefs : apparence, comportement
1020 – Plus d’une fois nous nous demandons où elle s’est enfuie, notre vie morale, en quoi elle consiste, et si même elle consiste en quelque chose ! Or, c’est précisément dans ces instants, où elle est sur le point de s’échapper, où nous désespérons de l’attraper, qu’elle est le plus authentique : il faut alors saisir l’occasion dans sa vive flagrance !
Victor JANKELEVITCH (Le paradoxe de la morale)
Mot clef : morale
19:36 Publié dans Citations | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
19.08.2007
Citations-1001à1010-Mirbeau, Renan
Octave MIRBEAU, Ernest et Henriette (sa soeur) RENAN pour ouvrir cette nouvelle série de "Résonances".
Bonne(s) lecture(s).
1001 – Les pauvres sont l’engrais humain où poussent les moissons de joie que récoltent les riches, et dont ils mésusent si cruellement, contre nous...
Octave MIRBEAU (Le journal d’une femme de chambre)
Mots clefs : pauvres, riches
1002 – Les bons doivent être simplement bons ; toute pointe de moquerie implique un reste de vanité et de défi personnel qu’on finit par trouver de mauvais goût.
Ernest RENAN (Ma sœur Henriette - 3)
Mots clefs : bonté, moquerie, vanité
1003 – La femme n’aime pas comme l’homme ; toute affection est chez elle exclusive et jalouse ; elle n’admet pas une diversité de nature entre les différents amours.
Ernest RENAN (Ma sœur Henriette - 4)
Mots clefs : affection, amour, femme, jalousie
1004 – Ce n’est pas une matière qui est, puisqu’elle n’est pas une ; ce n’est pas l’atome qui est, puisqu’il est inconscient. C’est l’âme qui est, quand elle a vraiment marqué sa trace dans l’histoire éternelle du vrai et du bien.
Ernest RENAN (Ma sœur Henriette - 5)
Mots clefs : âme, atome, matière
1005 – La partie vraiment éternelle de chacun, c’est le rapport qu’il a eu avec l’infini. C’est dans le souvenir de Dieu que l’homme est immortel.
Ernest RENAN (Lettres intimes)
Mots clefs : âme, Dieu, immortalité, infini
1006 – D’ailleurs le propre de la philosophie est moins de donner des notions bien assurées que de lever une foule de préjugés.
Ernest RENAN (Lettres intimes)
Mots clefs : philosophie, préjugés
1007 – On serait portés à douter de tout, si la nature le permettait et si rejeter toute vérité n’était pas plus absurde encore que d’embrasser toutes les erreurs.
Ernest RENAN (Lettres intimes)
Mot clef : doute
1008 – Notre esprit français si vif, si aimable, si prompt à tout saisir, est généralement trop léger pour être profondément philosophe ; l’Anglais est froid, calculateur, soumettant tout au plus glacé des raisonnements ; mais l’Allemand, conservant partout sa bonhomie, même dans les questions les plus élevées se laisse aller à sentir, à penser, à tout poétiser.
Henriette RENAN (Lettres intimes)
Mots clefs : Allemand, Anglais, Français
1009 – L’étude, mon bon Ernest, fait oublier bien des dégoûts ; on vit alors dans un monde idéal qui, quel qu’il soit, vaut toujours mieux que le monde positif.
Henriette RENAN (Lettres intimes)
Mots clefs : étude, idéal
1010 – [...] partout, hélas ! je me vois forcée de dire que vivre c’est souffrir et combattre, que se faire un sort est une chose difficile. Cependant, il ne faut pas perdre courage, bien au contraire : si la route est pénible, nous avons beaucoup de forces pour en franchir les obstacles. Avoir en tout une conscience droite, un but louable, une volonté ferme et constante, c’est avoir déjà acquis le fonds principal sur lequel l’édifice doit reposer.
Henriette RENAN (Lettres intimes)
Mots clefs : combat, conscience, souffrance, vie, volonté
17:00 Publié dans Citations | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
18.08.2007
Citations-991à1000-Serres, Kuan Tzu, Gibran, Mirbeau
Michel SERRES, pour une dernière réflexion, KUAN TZU, Khalil GIBRAN et Octave MIRBEAU pour la millième "Résonance" !
991 – Voués à la recherche de la vérité, nous n’y parvenons pas toujours, si et quand nous y arrivons, par des analyses ou des équations, expériences ou évidences formelles, mais par l’essai, quelquefois, et, quand l’essai n’y peut aller que le conte y aille, s’il le peut ; si la méditation échoue, pourquoi ne pas tenter le récit ?
Michel SERRES (Le tiers-instruit)
Mots clefs : conte, empirisme, méditation, vérité
992 – Si tu fais un projet sur une année, plante du riz. Si tu fais un projet sur dix ans, plante des arbres. Mais si ton projet s’étale sur un siècle, éduque les hommes.
KUAN TZU (cité par A. Newman)
Mot clef : éducation
993 – La distance entre vous et vos plus proches voisins, si vous ne les aimez pas, est plus grande que celle qui vous sépare de votre bien-aimé qui demeure au-delà des sept terres et des sept mers.
Khalil GIBRAN (Le jardin du prophète)
Mots clefs : amour, voisin
994 – [...] la douleur du riche dont on ne veut rien accepter
Est plus cruelle que celle du mendiant qui ne reçoit rien de personne.
Khalil GIBRAN (Le jardin du prophète)
Mots clefs : don, douleur, mendiant, riche
995 – Aux boîteux, offrez votre agilité, à l’aveugle votre vue. Et veillez à donner de vous-mêmes aux riches mendiants : ce sont les plus nécessiteux de tous, car, certainement, aucun homme n’accepterait de tendre la main pour recevoir une aumône s’il n’était réellement pauvre, même s’il possède de grands biens.
Khalil GIBRAN (Le jardin du prophète)
Mots clefs : don de soi-même, infirme, mendiant, pauvre, riche
996 – Je sais aussi par expérience, qu’il n’y a que les gens malheureux, pour mettre la souffrance des humbles de plain-pied avec la leur... Il y a toujours de l’insolence et de la distance dans la bonté des heureux.
Octave MIRBEAU (Le journal d’une femme de chambre)
Mots clefs : bonté, insolence, souffrance
997 – Ce qu’il y a de subime, vois-tu, dans les vers, c’est qu’il n’est point besoin d’être un savant pour les comprendre et pour les aimer... au contraire... Les savants ne les comprennent pas et, la plupart du temps, ils les méprisent, parce qu’ils ont trop d’orgueil... Pour aimer les vers, il suffit d’avoir une âme... une petite âme toute nue, comme une fleur... Les poètes parlent aux âmes des simples, des tristes, des malades... Et c’est en cela qu’ils sont éternels...
Octave MIRBEAU (Le journal d’une femme de chambre)
Mots clefs : âme, orgueil, poèsie, savants
998 – L’habitude agit comme une atténuation, comme une brume, sur les objets et sur les êtres. Elle finit, peu à peu, par effacer les traits d’un visage, par estomper les déformations ; elle fait qu’un bossu avec qui l’on vit quotidiennement n’est plus, au bout d’un certain temps, bossu.
Octave MIRBEAU (Le journal d’une femme de chambre)
Mots clefs : habitude, infirme
999 – Si infâmes que soient les canailles, ils ne le sont jamais autant que les honnêtes gens.
Octave MIRBEAU (Le journal d’une femme de chambre)
Mots clefs : canaille, honnêtes gens
1000 – Je dis, du moment où quelqu’un installe, sous son toit, fût-ce le dernier des pauvres diables, fût-ce la dernière des filles, je dis qu’il leur doit de la protection, qu’il leur doit du bonheur...
Octave MIRBEAU (Le journal d’une femme de chambre)
Mots clefs : hospitalité
19:50 Publié dans Citations | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note


