« Citations-1151à1160-Green | Page d'accueil | Citations-1171-1180- Green »

09.09.2007

Citations-1161à1170-Green

Julien GREEN pour de longs moments.




1161 – Vivre lentement n’est pas si facile. C’est savoir consacrer une journée entière à des rêves, quand il le faut, c’est perdre son temps à bon escient.
Julien GREEN (Journal – Les années faciles)
Editions Gallimard – La Pléiade – 1988 – tome IV – page 197
Mots clefs : lenteur, perdre son temps, rêve, temps

1162 - Quel bizarre romancier que la vie ! Comme elle répète ses effets, comme elle appuie de sa lourde main, comme elle écrit mal ! Ou bien, elle revient sur ce qu’elle a dit, elle oublie le plan qu’elle avait en tête, elle se trompe de destinée et donne à l’un ce qui devait échoir à l’autre, elle rate le livre qu’elle tire à des millions d’exemplaires. Et tout à coup, de magnifiques éclairs de génie, des revirements comme Balzac n’en rêva jamais, une audace de fou inspiré qui justifie toutes les erreurs et tous les tâtonnements.
Julien GREEN (Journal – Les années faciles)
Editions Gallimard – La Pléiade – 1988 – tome IV – page 208
Mots clefs : Balzac, roman, vie

1163 – […] je crois que celui qui se connaît bien connaît aussi le monde entier.
Julien GREEN (Journal – Les années faciles)
Editions Gallimard – La Pléiade – 1988 – tome IV – page 216
Mots clefs : connaissance, connaissance de soi-même

1164 – […] l’inspiration est un oiseau et le travail un piège où cet oiseau se prend parfois.
Julien GREEN (Journal – Les années faciles)
Editions Gallimard – La Pléiade – 1988 – tome IV – page 217
Mots clefs : inspiration, travail

1165 – La vérité intérieure est la seule qui soit vraiment essentielle ; le reste, si beau, si séduisant soit-il, n’est que l’accessoire […].
Julien GREEN (Journal – Les années faciles)
Editions Gallimard – La Pléiade – 1988 – tome IV – page 222
Mot clef : vérité

1166 – On dirait que, moralement, les êtres changent en mourant et grandissent, même ceux que l’on croyait les plus légers, les plus frivoles. Ils deviennent, d’une manière indéfinissable, nos aînés, sans doute parce qu’ils « savent ».
Julien GREEN (Journal – Les années faciles)
Editions Gallimard – La Pléiade – 1988 – tome IV – page 230
Mots clefs : changement, mort, savoir

1167 – Ce qu’on appelle faire l’amour, c’est le plus souvent une caricature du bonheur. Le bonheur est beaucoup plus grand, plus profond, et beaucoup plus simple. Et parce qu’il est simple, il ne s’analyse ni ne se décrit. On ne raconte pas le bonheur, mais il y a des moments où il fond sur nous, sans raison apparente, au plus fort d’une maladie ou pendant une promenade à travers des prés, ou dans une chambre obscure où l’on s’ennuie ; on se sent tout à coup absurdement heureux, heureux à en mourir, c’est à dire si heureux qu’on voudrait mourir, afin de prolonger à l’infini cette minute extraordinaire.
Julien GREEN (Journal – Les années faciles)
Editions Gallimard – La Pléiade – 1988 – tome IV – page 241
Mots clefs : amour physique, bonheur, mourir

1168 – […] j’ai souvent l’impression fugitive de vivre au milieu d’un monde qui n’existe pas, ou qui n’existe pas de la manière que nous imaginons. Peut-être le monde matériel n’a-t-il qu’une valeur de symbole. Cette idée m’est familière depuis ma quinzième année. Ainsi, l’inquiétude universelle est peut-être la représentation imaginaire de ta propre inquiétude. La « crise » est d’abord en toi. Le désordre du monde correspond à un désordre intérieur que tu retrouves en toi.
Julien GREEN (Journal – Les années faciles)
Editions Gallimard – La Pléiade – 1988 – tome IV – page 256
Mots clefs : crise, imagination, inquiétude, monde, réalité

1169 – Je n’ai jamais eu du reste l’impression d’être un individu détaché, isolé du monde, mais bien d’être un des anneaux d’une longue chaîne. Dans les dons que j’ai reçus, il y a une part immense de souvenirs héréditaires.
Julien GREEN (Journal – Les années faciles)
Editions Gallimard – La Pléiade – 1988 – tome IV – page 307
Mots clefs : don, hérédité, humanité, individu

1170 – Voir, depuis l’enfance jusqu’au jour de sa mort, des images de supplice dans les églises, dans les maisons et quelquefois dans les rues, n’y a-t-il pas là un fait vraiment singulier ? Un homme cloué à deux morceaux de bois, voilà ce que le christianisme nous montre sans cesse. L’Eglise est née dans les tortures. Un enfant grec du IVème siècle ne voyait dans les temples que des statues de femmes et d’hommes idéalement beaux et heureux, mais à nous, ce sont des images d’agonisants qu’on propose.
Julien GREEN (Journal – Les années faciles)
Editions Gallimard – La Pléiade – 1988 – tome IV – page 307-308
Mots clefs : christianisme, église, Grèce, torture

Ecrire un commentaire