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31.10.2007
Citations-1501à1510- Proust
Plongée dans l'univers de la psychologie selon Marcel PROUST... Bon bain!
1501 - Habituellement, on déteste ce qui nous est semblable, et nos propres défauts vus du dehors nous exaspèrent.
Marcel PROUST (Sodome et Gomorrhe – « La prisonnière »)
Editions Gallimard – La Pléiade – 1983 – page 108
Mots clefs : défauts, ressemblance
1502 – C’est la trop grande ressemblance qui fait que, malgré l’affection, et parfois plus l’affection est grande, la division règne dans les familles.
Marcel PROUST (Sodome et Gomorrhe – « La prisonnière »)
Editions Gallimard – La Pléiade – 1983 – page 108
Mots clefs : affection, division, famille, ressemblance
1503 – La curiosité amoureuse est comme celle qu’excitent en nous les noms des pays : toujours déçue, elle renaît et reste toujours insatiable.
Marcel PROUST (Sodome et Gomorrhe – « La prisonnière »)
Editions Gallimard – La Pléiade – 1983 – page 143
Mots clefs : amour, curiosité
1504 – On se rappelle la vérité parce qu’elle a un nom, des racines anciennes, mais un mensonge improvisé s’oublie vite.
Marcel PROUST (Sodome et Gomorrhe – « La prisonnière »)
Editions Gallimard – La Pléiade – 1983 – page 145
Mots clefs : mensonge, vérité
1505 – [...] les devoirs et les charges d’un maître font partie de sa domination, et la définissent, la prouvent, tout autant que ses droits.
Marcel PROUST (Sodome et Gomorrhe – « La prisonnière »)
Editions Gallimard – La Pléiade – 1983 – page 157
Mots clefs : devoir, domination, maître
1506 – Et nous croirons difficilement aux vices, comme nous ne croirons jamais au génie d’une personne avec qui nous sommes encore allés la veille à l’Opéra.
Marcel PROUST (Sodome et Gomorrhe – « La prisonnière »)
Editions Gallimard – La Pléiade – 1983 – page 226
Mots clefs : génie, vice
1507 – Les mondains qui ne veulent pas laisser la politique s’introduire dans le monde sont aussi prévoyants que les militaires qui ne veulent pas laisser la politique pénétrer dans l’armée. Il en est du monde comme du goût sexuel, où l’on ne sait pas jusqu’à quelles perversions il peut arriver quand une fois on a laissé des raisons esthétiques dicter ses choix.
Marcel PROUST (Sodome et Gomorrhe – « La prisonnière »)
Editions Gallimard – La Pléiade – 1983 – page 235
Mots clefs : armée, esthétique, mondain, perversion, politique, sexe
1508 – En matière de crime, là où il y a danger pour le coupable, c’est l’intérêt qui dicte les aveux. Pour les fautes sans sanction, c’est l’amour-propre.
Marcel PROUST (Sodome et Gomorrhe – « La prisonnière »)
Editions Gallimard – La Pléiade – 1983 – page 239
Mots clefs : amour-propre, aveu, coupable, crime, faute
1509 – Le seul véritable voyage, le seul bain de Jouvence, ce ne serait pas d’aller vers de nouveaux paysages, mais d’avoir d’autres yeux, de voir l’univers avec les yeux d’un autre, de cent autres, de voir les cent univers que chacun d’eux voit, que chacun d’eux est ; et cela nous le pouvons avec un Elstir, avec un Vinteuil, avec leurs pareils, nous volons vraiment d’étoiles en étoiles.
Marcel PROUST (Sodome et Gomorrhe – « La prisonnière »)
Editions Gallimard – La Pléiade – 1983 – page 258
Mots clefs : artiste, paysage, regard, voyages
1510 – A partir d’un certain âge, par amour-propre et par sagacité, ce sont les choses qu’on désire le plus auxquelles on a l’air de ne pas tenir. Mais en amour, la simple sagacité – qui, d’ailleurs, n’est probablement pas la vraie sagesse – nous force assez vite à ce génie de la duplicité.
Marcel PROUST (Sodome et Gomorrhe – « La prisonnière »)
Editions Gallimard – La Pléiade – 1983 – page 344
Mots clefs : âge, amour, amour-propre, désir, duplicité, sagacité, sagesse
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26.10.2007
Citations-1491à1500- Giono, Proust
Jean GIONO débouchant sur Marcel PROUST... : contraste!
1491 – Si, quand tu seras un homme, tu connais ces deux choses : la poésie et la science d’éteindre les plaies, alors, tu seras un homme.
Jean GIONO (Jean le Bleu)
Editions Rombaldi – 1970 – page 173
Mots clefs : guérir, homme, plaie, poésie
1492 – La grande malédiction du ciel pour nous ça a été de nous faire des cœurs à un seul exemplaire. Un pour chacun. Une fois partagés en deux, il te faut trouver ta moitié exacte. Sans quoi tu resteras seul toute ta vie. Et c’est ça le tragique. Tu ne t’imagines pas le nombre de ceux qui ont le cœur mal complété.
Jean GIONO (Jean le Bleu)
Editions Rombaldi – 1970 – page 179
Mots clefs : amour, cœur, solitude
1493 – [...] ça n’est pas difficile de vivre seul, fiston. Le difficile, c’est de souffrir seul. C’est pourquoi il y en a tant qui cherchent Dieu. Quand on l’a trouvé, on n’est plus seul, plus jamais seul. Seulement, écoute bien, on ne le trouve pas, on l’invente.
Jean GIONO (Jean le Bleu)
Editions Rombaldi – 1970 – pages 183-184
Mots clefs : dieu, solitude, souffrance
1494 – [...] la réalité, même si elle est nécessaire, n’est pas complètement prévisible ; ceux qui apprennent sur la vie d’un autre quelque détail exact en tirent aussitôt des conséquences qui ne le sont pas et voient dans le fait nouvellement découvert l’explication de choses qui précisément n’ont aucun rapport avec lui.
Marcel PROUST (Sodome et Gomorrhe – « La prisonnière »)
Editions Gallimard – La Pléiade – 1983 – pages 9-10
Mot clef : réalité
1495 – [...] le bien-être résultant pour nous beaucoup moins de notre bonne santé que de l’excédent inemployé de nos forces, nous pouvons y atteindre, tout aussi bien qu’en augmentant celles-ci, en restreignant notre activité.
Marcel PROUST (Sodome et Gomorrhe – « La prisonnière »)
Editions Gallimard – La Pléiade – 1983 – page 26
Mots clefs : activité, bien-être, forces, santé
1496 – Les choses dont on parle le plus souvent en plaisantant sont généralement, au contraire, celles qui nous ennuient, mais dont on ne veut pas avoir l’air d’être ennuyé, avec peut-être l’espoir inavoué de cet avantage supplémentaire que justement la personne avec qui on cause, vous entendant plaisanter de cela, croira que cela n’est pas vrai.
Marcel PROUST (Sodome et Gomorrhe – « La prisonnière »)
Editions Gallimard – La Pléiade – 1983 – page 31
Mots clefs : ennuis, plaisanterie
1497 – Car la possession de ce qu’on aime est une joie plus grande encore que l’amour. Bien souvent ceux qui cachent à tous cette possession ne le font que par la peur que l’objet chéri ne leur soit enlevé. Et leur bonheur, par cette prudence de se taire, en est diminué.
Marcel PROUST (Sodome et Gomorrhe – « La prisonnière »)
Editions Gallimard – La Pléiade – 1983 – page 51
Mots clefs : amour, joie, possession
1498 – Quand nous avons dépassé un certain âge, l’âme de l’enfant que nous fûmes et l’âme des morts dont nous sommes sortis viennent nous jeter à poignée leurs richesses et leurs mauvais sorts, demandant à coopérer aux nouveaux sentiments que nous éprouvons et dans lesquels, effaçant leur ancienne effigie, nous les refondons en une création originale.
Marcel PROUST (Sodome et Gomorrhe – « La prisonnière »)
Editions Gallimard – La Pléiade – 1983 – page 79
Mots clefs : âme, ancêtres, enfant, sentiment, souvenir, vieillesse
1499 – Et, au reste, comment a-t-on le courage de souhaiter vivre, comment peut-on faire un mouvement pour se préserver de la mort, dans un monde où l’amour n’est provoqué que par le mensonge et consiste seulement dans le besoin de voir nos souffrances apaisées par l’être qui nous a fait souffrir ?
Marcel PROUST (Sodome et Gomorrhe – « La prisonnière »)
Editions Gallimard – La Pléiade – 1983 – pages 94-95
Mots clefs : amour, mensonge, souffrance
1500 – Car, ainsi qu’au début il est formé par le désir, l’amour n’est entretenu plus tard que par l’anxiété douloureuse. [...] L’amour, dans l’anxiété douloureuse comme dans le désir heureux, est l’exigence d’un tout. Il ne naît, il ne subsiste que si une partie reste à conquérir. On n’aime que ce qu’on ne possède pas tout entier.
Marcel PROUST (Sodome et Gomorrhe – « La prisonnière »)
Editions Gallimard – La Pléiade – 1983 – page 106
Mots clefs : amour, anxiété, désir, exigence
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25.10.2007
Citations-1481à1490- Bloy, Huguenin, Giono
Quelques paroles "fortes" de Léon BLOY, avant de retrouver Jean-René HUGUENIN et Jean GIONO.
1481 – Pour ne parler que des colonies françaises, quelles clameurs si les victimes pouvaient crier ! Quels rugissements, venus d’Algérie et de Tunisie, favorisées, quelquefois, de la carcasse du Président de notre aimable République ! Quels sanglots de Madagascar et de la Nouvelle-Calédonie, de la Cochinchine et du Tonkin !
Léon BLOY (Le sang du pauvre)
La Bibliothèque Mondiale – n° 82 – 1956 – page 117
Mots clefs : Algérie, Cochinchine, colonisation, Madagascar, Nouvelle-Calédonie, Tonkin, Tunisie
1482 – Il n’y a qu’un moyen de ne pas détrousser les autres, c’est de se dépouiller soi-même.
Léon BLOY (Le sang du pauvre)
La Bibliothèque Mondiale – n° 82 – 1956 – page 8
Mots clefs : altruisme, dépouillement
1483 – Le désir exclusif de s’enrichir est, sans contredit, ce qui peut être imaginé de plus abject.
Léon BLOY (Le sang du pauvre)
La Bibliothèque Mondiale – n° 82 – 1956 – page 141
Mot clef : enrichissement
1484 – Les avares sont des mystiques ! Tout ce qu’ils font est en vue de plaire à un invisible Dieu dont le simulacre visible et si laborieusement recherché les abreuve de tortures et d’ignominies.
Léon BLOY (Le sang du pauvre)
La Bibliothèque Mondiale – n° 82 – 1956 – page 182
Mots clefs : avare, Dieu
1485 – Je me juge à ma chance.
Jean-René HUGUENIN (La côte sauvage)
Editions du Seuil – 1960 – page 37
Mots clefs : chance, jugement de soi-même
1486 - -Je pense à un personnage curieux : l’égoïste qui ne s’aime pas...
- Comment dis-tu ?
- L’égoïste qui ne s’aime pas.
Jean-René HUGUENIN (La côte sauvage)
Editions du Seuil – 1960 – page 37
Mot clef : égoïsme
1487 – « Peu importe » : voilà ton vice.
Jean-René HUGUENIN (La côte sauvage)
Editions du Seuil – 1960 – page 86
Mots clefs : indifférence, vice
1488 – Et tout à coup Olivier comprit que l’indifférence aussi était une passion, la plus douloureuse de toutes, la plus impossible à assouvir puisque l’objet qu’elle poursuit nous oblige à régler notre course sur la sienne : la passion du temps.
Jean-René HUGUENIN (La côte sauvage)
Editions du Seuil – 1960 – page 93
Mots clefs : indifférence, passion, temps
1489 – Si l’on a l’humilité de faire appel à l’instinct, à l’élémentaire, il y a dans la sensualité une sorte d’allégresse cosmique.
Jean GIONO (Jean le Bleu)
Editions Rombaldi – 1970 – page 103
Mots clefs : allégresse, instinct, sensualité
1490 – Si je te disais : « Ouvre le buisson et prends le poisson qui chante sur la branche », tu te dirais : mon père est devenu fou ; les poissons ne font pas des nids dans l’aubépine. Il y a une chose plus extraordinaire que ça. Et cependant ça existe : l’espérance.
« Tu vois, fils, la terre et tout, et tu verras notre rue. Il t’a poussé des yeux neufs. Ne t’inquiète pas si c’est tout un peu autour de toi comme sous de la poussière de charbon. L’extraordinaire, le poisson dans l’aubépine ça existe : l’espérance. Car, tout compte fait, si on se fie à ce qu’on voit, à ce qu’on entend, on n’a pas beaucoup de raison d’espérer. Méfie-toi de la raison. C’est avec ça qu’on arrive à se passer la corde au cou.
Jean GIONO (Jean le Bleu)
Editions Rombaldi – 1970 – page 132
Mots clefs : espérance, raison, suicide
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24.10.2007
Citations-1471à1480- Bloy, Faure
Elie FAURE, à nouveau, qui cède la place au tonitruant Léon BLOY.
1471 – Le vrai berceau de l’âme humaine est partout où nous pouvons reconnaître le visage de notre premier espoir.
Elie FAURE (Histoire de l’Art – tome I)
Club français du livre – 1972 – page 56
Mots clefs : espoir, humanité
1472 – A force de voir couler le sang, à force d’attendre la mort, on aime le sang et tout ce qu’on fait dans la vie sent la mort.
Elie FAURE (Histoire de l’Art – tome I)
Club français du livre – 1972 – page 19
Mots clefs : mort, sang
1473 – A travers l’action continue, même obscure et sans histoire, des générations qui nous ont formés, l’âme des vieux peuples vit dans le nôtre.
Elie FAURE (Histoire de l’Art – tome I)
Club français du livre – 1972 – page 76
Mots clefs : âme, génération, peuple, transmission
1474 – Ce qu’il y a de plus incompréhensible au monde, c’est la patience des pauvres [...].
Léon BLOY (Le sang du pauvre)
La Bibliothèque Mondiale – n° 82 – 1956 – page 8
Mots clefs : patience, pauvre
1475 – Il est intolérable à la raison qu’un homme naisse gorgé de biens et qu’un autre naisse au
fond d’un trou à fumier.
Léon BLOY (Le sang du pauvre)
La Bibliothèque Mondiale – n° 82 – 1956 – page 36
Mots clefs : biens, pauvreté, richesse
1476 – Ceux d’entre les riches qui ne sont pas exactement des réprouvés peuvent comprendre la pauvreté, puisqu’ils sont eux-mêmes des pauvres, en un sens ; ils ne peuvent pas comprendre la misère.
Léon BLOY (Le sang du pauvre)
La Bibliothèque Mondiale – n° 82 – 1956 – page 53
Mots clefs : misère, pauvreté, riches
1477 – Il y a aussi de jeunes et vigoureux pauvres en mer. On ne voit que ça sur la Manche et l’Atlantique. Ceux-là, au moment même où les ventres se mettront à table, pousseront au large, quelque temps qu’il fasse. Ils veilleront et gèleront pour que vous ayez du poisson frais, ô bienheureux de ce monde, et, quand ils iront vous attendre dans l’autre, emportés par un naufrage, le poisson engraissé de leurs misérables corps, n’en sera que plus délicieux. Vous les mangerez ainsi deux fois.
Léon BLOY (Le sang du pauvre)
La Bibliothèque Mondiale – n° 82 – 1956 – page 60
Mots clefs : mer, pauvres, poisson, riche, ventre
1478 – [...] c’est encore une fameuse jouissance de pouvoir se dire que cette volaille ou ce gigot qu’on fait descendre sur autre chose, quand on a le tube déjà plein, aurait pu aller à quelque misérable famille, à des dizaines d’enfants affamés qui, seuls, ont droit à cette ripaille et qui n’en recevront pas une seule miette.
Léon BLOY (Le sang du pauvre)
La Bibliothèque Mondiale – n° 82 – 1956 – page 61
Mots clefs : misère, nourriture, ripaille
1479 – Tout homme qui possède au-delà de ce qui est indispensable à sa vie matérielle et spirituelle est un millionnaire, par conséquent un débiteur de ceux qui ne possèdent rien.
Léon BLOY (Le sang du pauvre)
La Bibliothèque Mondiale – n° 82 – 1956 – page 71
Mots clefs : démunis, dette, millionnaire, superflu
1480 – Quand on n’est pas exactement un méchant, on fait l’aumône, qui consiste à donner une part très faible de son superflu, - volupté d’attiser le désir sans le satisfaire. L’aumônier donne les autres, c’est à dire ce qui appartient aux autres, son superflu. Le charitable se donne lui-même en donnant son nécessaire et, par là, le désir du pauvre est éteint. C’est l’Evangile et il n’y en a pas d’autre.
Léon BLOY (Le sang du pauvre)
La Bibliothèque Mondiale – n° 82 – 1956 – page 73
Mots clefs : aumône, charité, désir, évangile, nécessaire, pauvre, superflu
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23.10.2007
Citations-1461à1470- Faure, Wilde, Giroud
Elie FAURE, truffé d'un peu d'Oscar WILDE et de Françoise GIROUD...
1461 – Toutes les fois que [l’ouvrier] croit s’être trompé, un désir vivant s’éveille en lui, qui le pousse à de nouvelles créations. Au fond, tout écrivain n’écrit qu’un livre, tout peintre ne peint qu’un tableau. Chaque oeuvre nouvelle est destinée, dans l’esprit de son auteur, à corriger la
précédente, à achever une pensée qui ne s’achèvera pas.
Elie FAURE (Histoire de l’Art – tome I)
Club français du livre – 1972 – page 19
Mots clefs : création, écrivain, oeuvre, peintre, pensée
1462 – Toutes les femmes deviennent comme leur mère. Voilà leur drame. Les hommes ne le deviennent jamais. Voilà le leur.
Oscar WILDE (L’importance d’être Constant)
Mots clefs : femme, homme, mère
1463 – On ne s’imagine pas davantage vieux qu’on se souvient d’avoir été jeune.
Françoise GIROUD (dans le « Nouvel Observateur » - Avril 1993)
Mots clefs : jeunesse, vieillesse
1464 – L’historien doit être partial. L’historien qui se dit un « savant » profère une simple sottise. Je ne connais pas, lui non plus, d’instrument de mesure qui lui permette de graduer l’importance respective de Léocharès et de Phidias, de Bernin et de Michel-Ange.
Elie FAURE (Histoire de l’Art – tome I)
Club français du livre – 1972 – page 20
Mots clefs : Bernin, historien, partialité, Phidias, Léocharès, Michel-Ange
1465 – Non seulement l’art est utile, mais il est, sans doute aucun, la seule chose qui soit réellement utile à nous tous, après le pain.
Elie FAURE (Histoire de l’Art – tome I)
Club français du livre – 1972 – page 21
Mots clefs : art, nourriture
1466 – Une civilisation, c’est un phénomène lyrique, et c’est par les monuments qu’elle élève et laisse après elle que nous en apprécions la qualité et la grandeur. Elle est d’autant mieux définie qu’elle s’impose à nous selon un style plus impressionnant, plus vivant, plus cohérent et plus durable. Ce que la presque unanimité des hommes entend par « civilisation » à l’heure actuelle n’a rien à voir avec cela. L’outil industriel – chemin de fer, machine, électricité, télégraphe – n’est qu’un outil, un outil que des peuples entiers peuvent employer pour des fins immédiates et matériellement intéressées sans que cet emploi ouvre en eux les sources profondes de l’attention, de l’émotion, de la passion de comprendre et du don d’exprimer qui mènent seules au grand style esthétique où communie un moment une race avec l’esprit universel. De ce point de vue, par exemple, l’Egypte d’il y a cinq mille ans, la Chine d’il y a cinq siècles sont plus civilisées que l’Amérique actuelle dont le style est encore à naître. Et le Japon d’il y a cinquante ans est plus civilisé que le Japon d’aujourd’hui. Il est même possible que l’Egypte constitue, et par la solidarité, l’unité, la variété disciplinée de sa production artistique, l’énorme durée et la puissance soutenue de son effort, la plus grande civilisation qui ait encore paru sur terre, et que toutes les manifestations dites civilisées depuis elle, ne soient que des formes de dissolution et de dissociation de son style.
Elie FAURE (Histoire de l’Art – tome I)
Club français du livre – 1972 – page 22
Mots clefs : Amérique, Chine, civilisation, Egypte, esprit universel, Japon, monuments, style
1467 – L’art est un éclair d’harmonie conquis par un peuple ou un homme sur l’obscurité ou le chaos qui le précèdent, le suivent, l’entourent nécessairement. Et Prométhée est condamné à ne
saisir le feu que pour illuminer une seconde la plaie vive de son flanc et le calme de son front.
Elie FAURE (Histoire de l’Art – tome I)
Club français du livre – 1972 – page 22
Mots clefs : art, harmonie, Prométhée
1468 – Au début, tout pour le primitif est naturel, et le surnaturel n’apparaît qu’avec le savoir. La religion, dès lors, c’est le miracle, c’est ce que l’homme ne sait pas, n’a pas encore atteint, et, plus tard, dans les formes épurées, ce qu’il veut savoir et atteindre, son idéal.
Elie FAURE (Histoire de l’Art – tome I)
Club français du livre – 1972 – page 30
Mots clefs : religion, savoir, surnaturel
1469 – Un peuple est comme un homme. Quand il a disparu, rien ne reste de lui, s’il n’a pris soin de laisser son empreinte sur les pierres du chemin.
Elie FAURE (Histoire de l’Art – tome I)
Club français du livre – 1972 – page 33
Mots clefs : empreinte, monuments, peuple
1470 – Parce que la religion maintient le peuple dans la servitude, cela ne veut point dire que le peuple en veuille à la religion : elle libère ses dons instinctifs, au contraire, en prenant sur elle et pour elle le fardeau redoutable de commander et de choisir.
Elie FAURE (Histoire de l’Art – tome I)
Club français du livre – 1972 – page 37
Mots clefs : liberté, religion, servitude
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22.10.2007
Citations-1451à1460- Nash, Ferry, Miller, Faure
Luc FERY citant Roderick NASH pour vous entraîner vers l'universel Elie FAURE, préfacé par Henri MILLER.
1451 – Les rochers ont-ils des droits ? Si vient un jour l’époque où cette question n’apparaîtra plus comme ridicule pour un grand nombre d’entre nous, nous serons alors sur la voie d’un changement de système de valeurs qui rendra peut-être possibles des mesures permettant d’en finir avec la crise écologique. Souhaitons qu’il soit encore temps.
Roderick NASH (cité par L.FERRY « Le nouvel ordre écologique »)
Editions Grasset – 1992 – page 139
Mots clefs : écologie, nature, valeurs
1452 – L’homme est par excellence l’être anti-nature, le seul qui soit capable de ne pas être de part en part déterminé par les conditions naturelles qui lui sont faites à sa naissance. Ce pour quoi, selon Sartre, il n’y a pas à proprement parler de « nature humaine ».
Luc FERRY (Le nouvel ordre écologique)
Editions Grasset – 1992 – page 219
Mots clefs : homme, nature, nature humaine, Sartre
1453 – La revendication du droit à la différence cesse d’être démocratique lorsqu’elle se prolonge
dans l’exigence d’une différence de droits.
Luc FERRY (Le nouvel ordre écologique)
Editions Grasset – 1992 – page 236
Mots clefs : démocratie, différence, droit
1454 – Plus que la religion, l’art nous offre le secret de la vie, mais il ne l’offre qu’à ceux qui le pratiquent, qu’à ceux qui s’y vouent et qui aboutissent à comprendre qu’ils ne sont que d’humbles instruments dont le privilège est de révéler la gloire et la splendeur de la vie.
Henry MILLER (préface aux oeuvres complètes d’Elie Faure)
Club Français du livre - tome 1 – 1972 – page 9
Mots clefs : art, religion, vie
1455 – L’artiste à qui les hommes livrent tout, leur rend tout ce qu’il leur a pris.
Elie FAURE (Histoire de l’Art – tome I)
Club français du livre – 1972 – page 14
Mot clef : artiste
1456 – Rien ne nous touche, hors de ce qui nous arrive ou de ce qui peut nous arriver. L’artiste, c’est nous-mêmes.
Elie FAURE (Histoire de l’Art – tome I)
Club français du livre – 1972 – page 14
Mot clef : artiste
1457 – Toutes les images du monde sont pour nous des instruments utiles, et l’œuvre d’art ne nous attire que parce que nous reconnaissons en elle notre désir formulé.
Elie FAURE (Histoire de l’Art – tome I)
Club français du livre – 1972 – page 15
Mots clefs : art, désir, image
1458 – Tout être, même le plus bas, enferme en lui, une fois au moins dans son aventure terrestre, quand il aime, toute la poésie du monde.
Elie FAURE (Histoire de l’Art – tome I)
Club français du livre – 1972 – page 15
Mots clefs : amour, poésie
1459 – Nous appelons un Dieu la forme qui traduit le mieux notre désir, sensuel, moral, individuel, social, qu’importe ! notre désir infini de comprendre, d’utiliser la vie, de reculer sans cesse les limites de l’intelligence et du cœur.
Elie FAURE (Histoire de l’Art – tome I)
Club français du livre – 1972 – page 16
Mots clefs : cœur, désir, dieu, intelligence, vie
1460 – Réaliser l’unité dans l’esprit et la transporter dans l’œuvre, c’est obéir à ce besoin d’ordre général et durable que notre univers nous impose et que le savant exprime par la loi de la continuité, l’artiste par la loi de l’harmonie, le juste par la loi de la solidarité.
Elie FAURE (Histoire de l’Art – tome I)
Club français du livre – 1972 – page 17
Mots clefs : artiste, continuité, harmonie, juste, oeuvre, ordre, savant, solidarité, unité
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Citations-1441à1450- Nietzsche, Topor, Gillibert, France, de Romilly, Ferry, Heidegger
De NIETZSCHE à HEIDEGGER, en passant par Roland TOPOR, Michel GILLIBERT, Anatole FRANCE, Jacqueline de ROMILLY ou Luc FERRY... Est-ce bien raisonnable?
1441 – Les origines de la justice, comme celles de la sagesse, de la modération, de la bravoure – en un mot de tout ce que nous désignons sous le nom de vertus socratiques – sont «animales» : ces vertus sont une conséquence de ces instincts qui enseignent à chercher la nourriture et à échapper à l’ennemi.
NIETZSCHE (cité dans « Le courage – De Socrate à Nietzsche »)
Editions Autrement – série Morales – 1992 – page 50
Mots clefs : instinct, Socrate, vertu
1442 – Moi, j’ai décidé de ne jamais me condamner. Les autres s’en chargent ! Je considère que je suis rare, précieux, qu’il est miraculeux que je sois en vie, et j’essaie de faire taire, de contrer cette partie de la société en moi qui, de temps à autre, exerce un jugement sur moi-même.
Roland TOPOR (Le courage – La politique de l’archipel)
Editions Autrement – série Morales – 1992 – page 66
Mots clefs : jugement sur soi-même, vie
1443 – J’ai un ami guinéen qui dit : « Le mensonge est sucré, la vérité est amère », et je trouve que devenir amer parce qu’on a la vérité, ça ne vaut pas le coup.
Roland TOPOR (Le courage – La politique de l’archipel)
Editions Autrement – série Morales – 1992 – page 66
Mots clefs : mensonge, vérité
1444 – A partir du moment où l’on a compris que rien ne nous appartient, que le hasard est le moteur de tout, qu’il est l’énergie ou au contraire le suicide, on devient libre. Alors il nous reste d’autres choses à découvrir.
Michel GILLIBERT (Le courage – Etre soi-même)
Editions Autrement – série Morales – 1992 – page 93
Mots clefs : hasard, liberté, possession
1445 – La souffrance ! Quelle divine méconnue ! Nous lui devons tout ce qu’il y a de bon en nous, tout ce qui donne du prix à la vie, nous lui devons la pitié, nous lui devons le courage, nous lui devons toutes les vertus.
Anatole FRANCE (cité dans « Le courage – La politique du vrai »)
Editions Autrement – série Morales – 1992 – page 121
Mots clefs : courage, pitié, souffrance, vertus
1446 – Les grands espaces vous ouvrent le cœur ; et le silence met les choses en place.
Jacqueline de ROMILLY (Sur les chemins de Sainte-Victoire)
Editions Julliard – 1988 – page 58
Mots clefs : espace, silence
1447 – Il n’est pas vrai que de sortir de l’entrelacs des pressions et des passions vous rétrécisse affectivement : c’est l’inverse qui est vrai. Car on peut ainsi voir les autres depuis une certaine distance ; et cette distance est le contraire de l’égoïsme ; elle vous les montre, non plus différents et isolés, et opposés les uns aux autres, mais devenus tous, en tant qu’êtres humains, dignes d’amour : on peut alors les aimer de plus haut, l’esprit lavé par les splendeurs de la montagne.
Jacqueline de ROMILLY (Sur les chemins de Sainte-Victoire)
Editions Julliard – 1988 – pages 58-59
Mots clefs : amour, égoïsme, montagne, retraite
1448 – C’est parce que l’humanité n’est pas rivée à l’instinct, aux seuls processus biologiques, qu’elle possède une histoire, que les générations se suivent, mais ne se ressemblent pas de toute nécessité – là où le règne animal observe une parfaite continuité.
Luc FERRY (Le nouvel ordre écologique)
Editions Grasset – 1992 – page 39
Mots clefs : animal, histoire, humanité, instinct
1449 - L’homme est assez libre pour en mourir, et sa liberté, à la différence de ce que pensaient les Anciens, renferme la possibilité du mal. “Optima video, deteriora sequor”. Voyant le bien, il peut choisir le pire : telle est la formule de cet être d’anti-nature.
Luc FERRY (Le nouvel ordre écologique)
Editions Grasset – 1992 – page 46
Mots clefs : bien, liberté, mal, mort
1450 – La pierre est sans monde, l’animal est pauvre en monde, l’homme est formateur de monde.
HEIDEGGER (cité par L.Ferry dans « Le nouvel ordre écologique »)
Editions Grasset – 1992 – page 125
Mots clefs : animal, homme, minéral
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20.10.2007
Citations-1431à1440- Hesse, Klein, Archiloque
Hermann HESSE, à nouveau et surtout, mais aussi Pierre-Michel KLEIN et ARCHILOQUE
1431 – La poitrine, le corps ne font qu’un, mais les âmes qui y habitent ne sont ni deux ni cinq, elles sont innombrables, l’homme est un bulbe formé de centaines de pellicules, une texture tissée
de milliers de fils.
Hermann HESSE (Le loup des steppes)
Le livre de poche – 1991 – page XXIV
Mots clefs : âme, corps, unité de la personne
1432 – [...] l’homme n’est point une création solide et durable (ce qui était, malgré les divinations opposées de ses sages, l’idéal de l’Antiquité) mais plutôt un essai et une transition ; il n’est pas autre chose que la passerelle étroite et dangereuse entre la nature et l’esprit. Sa destination la plus fervente l’attire vers l’esprit, vers Dieu ; son désir le plus intime le repousse à la Mère, à la Nature : entre ces deux puissances oscille la vie frémissante et craintive.
Hermann HESSE (Le loup des steppes)
Le livre de poche – 1991 – pages XXV-XXVI
Mots clefs : Dieu, esprit, homme, nature, vie
1433 – « Ô bonheur d’être encore un enfant ! » L’homme sympathique, mais sentimental, qui chante cette chanson de l’enfant bienheureux, souhaite lui aussi le retour à la nature, à l’innocence, aux commencements, et oublie complètement que les enfants, loin d’être bienheureux, sont susceptibles de bien des conflits, de bien des déchirures, de toutes les souffrances.
Hermann HESSE (Le loup des steppes)
Le livre de poche – 1991 – page XXVIII
Mots clefs : bonheur, enfant
1434 – Obéir, c’est comme boire et manger : rien ne vaut ça quand on en manque depuis longtemps.
Hermann HESSE (Le loup des steppes)
Le livre de poche – 1991 – page 73
Mot clef : obéissance
1435 – La plupart du temps, les bêtes sont tristes [...]. Et, quand un homme est triste, non parce qu’il a mal aux dents ou qu’il a perdu de l’argent, mais parce qu’il sent une fois, pendant une heure, ce que c’est que de tout, de la vie, alors il ressemble un peu à une bête – il a l’air malheureux, mais plus vrai et plus beau que toujours.
Hermann HESSE (Le loup des steppes)
Le livre de poche – 1991 – page 105
Mots clefs : animal, malheur, tristesse, vie
1436 – L’esprit allemand est dominé par le droit maternel, enchaîné à la nature par une hégémonie de la musique telle que ne l’a connue aucun autre peuple. Nous autres intellectuels [...], nous rêvons d’un langage sans paroles, qui dise l’inexprimable et représente l’indicible.
Hermann HESSE (Le loup des steppes)
Le livre de poche – 1991 – page 129
Mots clefs : Allemagne, intellectuel, langage, musique
1437 – [...] la vie n’est pas une épopée héroïque avec des rôles en vedette, mais une cuisine bourgeoise, où l’on se contente de boire et de manger, de prendre un café, de tricoter des bas, de jouer aux cartes et d’écouter la T.S.F. Et celui qui veut et qui a en lui autre chose : l’héroïque, le beau, l’adoration des grands poètes, la piété pour les saints, n’est qu’un imbécile et un don Quichotte.
Hermann HESSE (Le loup des steppes)
Le livre de poche – 1991 – pages 146-147
Mots clefs : beau, Don Quichotte, héroïsme, piété, poésie, vie
1438 – - [...] la puissance et l’argent, le temps et le monde appartiennent aux petits, aux mesquins, et les autres, les êtres humains véritables, n’ont rien. Rien que la mort.
- Pas autre chose ?
- Si, l’éternité.
Hermann HESSE (Le loup des steppes)
Le livre de poche – 1991 – page 149
Mots clefs : argent, éternité, mesquin, mort, puissance
1439 – Il ne faut pas de courage pour naître, ni pour être. Il en faut pourtant, parfois, pour continuer d’être, ou pour cesser d’être.
Pierre-Michel KLEIN (Le courage – Préface)
Editions Autrement – Série Morales – 1992 – page 11
Mots clefs : courage, être, naissance, mort, suicide, vie
1440 – A pleurer, je ne guérirai pas ma peine ; elle n’empirera pas si je cours les plaisirs et les fêtes.
ARCHILOQUE (cité dans « Le courage – Du mythe à la raison »)
Editions Autrement – série Morales – 1992 – page24
Mots clefs : consolation, peine, plaisir, pleur
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19.10.2007
Citations-1421à1430- Van Gogh, Gotman, Hesse
Introduction par Vincent VAN GOGH et Anne GOTMAN pour entrer dans l'univers d'Hermann HESSE.
1421 – L’amour entre frères est un soutien puissant dans la vie. Vérité de tous temps reconnue. Cherchons donc, écoutons cette voix. Que l’expérience de la vie nous aide à fortifier le lien qui nous unit.
Vincent VAN GOGH (Lettres à Théo dans « Des sœurs, des frères »)
Editions Autrement – série mutations – 1990 – page 101
Mots clefs : amour fraternel, frères
1422 – L’amour peut-il se répartir uniment ? Tout frère et sœur ne se croit-il pas jusqu’à un certain point l’enfant unique de ses parents ?
Anne GOTMAN (Des sœurs, des frères : L’impossible partage)
Editions Autrement – série mutations – 1990 – page 98
Mots clefs : amour (des parents), frère, sœur, parents
1423 – Ah qu’il est donc difficile de retrouver cette trace divine au milieu de la vie que nous menons, de cette vie si satisfaite, si bourgeoise, si dénuée d’esprit en face de ces bâtisses architecturales, de ces affaires, de cette politique, de ces hommes !
Hermann HESSE (Le loup des steppes)
Le livre de poche – 1991 – page 35
Mot clef : dieu
1424 – La solitude est l’indépendance. Je l’avais souhaitée et acquise au cours de longues années. Elle était froide, oh ! oui, mais elle était calme, merveilleusement calme et immense comme l’espace silencieux et glacé où tournent les astres.
Hermann HESSE (Le loup des steppes)
Le livre de poche – 1991 – pages 43-44
Mots clefs : indépendance, solitude
1425 – Chacun [...], dans quelque recoin de son âme, sait très bien que le suicide n’est qu’une sortie de secours piteuse et illégitime, et qu’il est plus beau et plus noble de se laisser vaincre et abattre par la vie elle-même que par sa propre main.
Hermann HESSE (Le loup des steppes)
Le livre de poche – 1991 – page XI
Mot clef : suicide
1426 – L’homme a la possibilité de s’abandonner absolument à l’esprit, à la tentative de pénétration du divin, à l’idéal de la sainteté. Il a également la possibilité inverse de s’abandonner entièrement à la vie de l’instinct, aux convoitises de ses sens, et de concentrer tout son désir sur le gain de la jouissance immédiate. La première voie mène à la sainteté, au martyre de l’esprit, à l’absorption en Dieu. La seconde mène à la débauche, au martyre des sens, à l’absorption en la putrescence. Le bourgeois, lui, cherche à garder le milieu modéré entre ces deux extrêmes. Jamais il ne s’absorbera, ne s’abandonnera ni à la luxure ni à l’ascétisme ; jamais il ne sera un martyr, jamais il ne consentira à son abolition : son idéal, tout opposé, est la conservation du moi ; il n’aspire ni à la sainteté ni à son contraire, il ne supporte pas l’absolu, il veut bien servir Dieu, mais aussi le plaisir ; il tient à être vertueux mais en même temps à avoir ses aises. Bref, il cherche à s’installer entre les extrêmes, dans la zone agréable et tempérée, sans orages ni tempêtes violentes, et il y réussit, mais aux dépens de cette intensité de vie et de sentiment que donne une existence orientée vers l’extrême et l’absolu. On ne peut vivre intensément qu’aux dépens du moi.
Hermann HESSE (Le loup des steppes)
Le livre de poche – 1991 – pages XIV-XV
Mots clefs : absolu, ascétisme, bourgeoisie, débauche, dieu, esprit, instinct, luxure, moi, sainteté, sens
1427 – Le bourgeois, de par sa nature, est un être doué d’une faible vitalité, craintif, effrayé de tout abandon, facile à gouverner. C’est pourquoi, à la place de la puissance, il a mis la majorité ; à la place de la force, la loi ; à la place de la responsabilité, le droit de vote.
Hermann HESSE (Le loup des steppes)
Le livre de poche – 1991 – page XV
Mots clefs : bourgeoisie, démocratie, loi, puissance, vote
1428 – Vivre au monde comme si ce n’était pas le monde, estimer la loi et pourtant rester au-dessus d’elle, posséder « comme si l’on ne possédait pas », renoncer comme si l’on ne renonçait pas, toutes ces exigences courantes et si souvent formulées de la science de vivre, seul l’humour est en état de les réaliser.
Hermann HESSE (Le loup des steppes)
Le livre de poche – 1991 – page XVIII
Mot clef : humour
1429 – Quand, dans les âmes humaines douées d’une organisation délicate, éclôt la prescience de leur multiplicité, quand elles brisent, comme tous les génies, l’illusion de l’unité individuelle et se sentent une multitude, un faisceau de moi disparates, elles n’ont qu’à l’exprimer pour que la majorité les enferme, appelle au secours la science, constate la schizophrénie et protège l’humanité contre l’appel à la vérité sortant de la bouche de ces malheureux.
Hermann HESSE (Le loup des steppes)
Le livre de poche – 1991 – page XXII
Mots clefs : génie, schizophrénie, unité de la personne, vérité
1430 – En réalité, aucun moi, même le plus naïf, n’est une unité, mais un monde extrêmement divers, un petit ciel constellé d’astres, un chaos de formes, d’états, de degrés, d’hérédités et de possibilités.
Hermann HESSE (Le loup des steppes)
Le livre de poche – 1991 – page XXIII
Mot clef : unité de la personne
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